Hello Hoi An!

32°, 80% d’humidité : c’est bon, nous sommes bien sur le territoire vietnamien, à 10000 kilomètres de Paris et de ses températures hivernales. Arrivés à Ho Chi Min (Saïgon) après un vol de 12h, il ne reste plus qu’à valider le visa pour embarquer pour Da Nang en vol intérieur, puis filer en taxi dans la petite ville de Hoi An, à environ 30 kilomètres.
Le voyage a donc duré, tous transports confondus, bien 15-16h, et c’est sur les rotules que nous retrouvons l’énergique Binh, le fondateur de Reaching Out, qui nous reçoit autour d’un délicieux Pho avec sa très sympathique femme, Quyen. La discussion est hélas assez courte puisqu’il est tard, 22h passées, et que les vietnamien de la région se couchent très tôt. De plus, il nous reste encore un petit trajet jusqu’à la maison qui nous a été louée par Reaching Out. C’est donc vers 23h que nous retrouvons les très sympathiques et joviales Huc et Tri, à qui appartient la maison.
Précisons qu’à part l’air ambiant -plutôt chaud (20-25°) bien que ce soit l’hiver dans la région- nous n’avons rien vu du paysage étant donné que la nuit tombe vers 17h30, et très vite. Nous aussi sommes tombés très vite, nos affaires à peine déballées.

Ce n’est qu’au réveil que nous découvrons le paysage, et nous ne sommes bien évidemment pas déçus. Pas besoin de longs commentaires, les photos parlent d’elles même. Nous retrouvons Tri et sa soeur qui nous emmène prendre une petit déjeuner dans un chouette restaurant en bois et bambou sur une rivière. Deuxième contact culinaire encore une fois excellent! Nous nous rendons également compte en convertissant les dôngs en euros que les prix ne sont définitivement pas les mêmes qu’en Europe! Comptez entre 50 centimes et 4 euros le plat selon que vous le prenez dans la rue ou dans une resto plus touristique. Et le premier est quelques fois tout aussi bon, si ce n’est meilleur quand on a ses bonnes adresses. Pour exemple, notre premier -et délicieux- Cao Lao (une soupe avec de grosses nouilles fumées recouvertes d’herbes fraîches et de porc sauté) préparé sur une « cuisinière » mobile bricolée, et savouré sur le bord de la rivière rivière, assis sur de tout petits tabourets. Un super moment, on s’est presque sentis locaux!

Après avoir fait le minimum vital de courses pour la maison avec Tri, qui se marre tout le temps et dont le sourire est communicatif, nous avons enfin pu rencontrer les ouvriers dans les locaux de Reaching Out, et nous présenter à eux avec Binh qui leur a expliqué la raison de notre venue. Ces ouvriers, tous spécialisés dans un artisanat d’art précis, ont différents types de handicaps que nous devrons prendre en compte pour le projet. Le bâtiment de plus de 200 ans, peu adapté en l’état actuel à la fonction d’atelier (nous écrirons très bientôt un article sur ce bâtiment), est magnifique et témoigne des nombreuses influences qu’a subi la magnifique ville de Hoi An. A ce propos, nous sommes restés bouche-bés lorsque nous avons arpenté les rues de cette ville tant la richesse patrimoniale de cette ville est importante. Pas étonnant qu’elle soit classée au patrimoine mondial de l’UNESCO… Nous ferons d’ailleurs un petit post sur cette superbe petite ville portuaire.

Enfin, Binh et Quyen nous ont présenté notre bureau (eh oui!), situé dans un petit bâtiment à quelques mètres de Reaching Out. Car précisons-le : nous avons été extrêmement bien reçu par tout le petit réseau qui s’agite autour de cette sympathique et généreuse entreprise. Nous ne pouvons que tous les remercier une énième fois tant ils nous ont chouchouté et rendu notre début de séjour riche et très agréable.

C’est donc la tête retournée par la beauté des lieux, la douceur de la cuisine et la gentillesse des gens que nous nous sommes couchés le sourire jusqu’aux oreilles avec la farouche envie de profiter à fond de cette expérience exceptionnelle et produire avec Reaching Out un beau projet.

 

Tri, toujours aussi gaie et drôle, devant la maison dans laquelle nous logeons.

 

Dans les rues de Hoi An avec Binh.

 

La partie atelier de Reaching Out, avec déjà un bon aperçu des différents artisanats pratiqués.

 

Reaching Out propose même des cours de sérigraphie!

 

Le poste laque, qui nécessite d’être aéré en raison des produits utilisé, se trouve dans l’atrium du bâtiment.

 

Binh nous explique le fonctionnement de l’atelier et les différents handicaps des ouvriers.

 

La partie boutique.

 

Avec Binh et sa femme Quyen devant le bureau où nous travaillons quand nous ne sommes pas en vadrouille pour rencontrer des gens, des artisans, visiter des ateliers, s’immerger dans la culture de la région.

 

Voici une des vues typique que l’on peut avoir de la terrasse d’un café, en sirotant un jus de mangue.

 

conférence de tyin tegnestue

Comme nous l’avons mentionné dans le post précédent, nous avons eu la chance de rencontrer les jeunes et géniaux architectes norvégiens de « Tyin tegnestue » lors d’une conférence qu’ils ont tenu à l’école d’architecture de Belleville. Il n’a pas fallu très longtemps pour que l’amphithéâtre soit rempli d’étudiants éblouis par la qualité des projets de jeunes architectes fraîchement diplômés. Il faut dire que la projection était plus qu’évidente, les norvégiens ayant plus ou moins l’âge des étudiants présents.

Comme nous, leur diplôme était un projet concret (un centre pour orphelins, que nous avons posté ici) loin d’Europe (en Thaïlande), réalisé en groupe (à deux, Yashar Hanstad et Andreas G. Gjertsen), et vis-à-vis duquel les enseignants de leur école ont été très réticents. Ils ont en effet du batailler dur avec leur administration et leur professeurs pour faire accepter ce projet, et ce n’est qu’après sa réalisation -et accessoirement quelques prix et publications- que l’école le valida. A vrai dire, les deux norvégiens n’était pas à leur premier coup d’essai. Habitués à travailler en groupe, ils avaient remporté un petit concours pour la réhabilitation d’un hall très classieux pour un bâtiment commercial. Mais comme l’a précisé Yashar lors de la conférence, cela produit de très belles images pour le papier glacé des magazines, mais ils n’y trouvaient pas de sens. Après cette expérience, certes formatrice mais quelque peu « vide », ils s’engagèrent dans le projet un peu fou de la construction d’un orphelinat en Thaïlande à la suite d’une rencontre impromptue avec un jeune d’un ONG dans une gare… Et malgré les réticences de leurs enseignants, ils partirent sur place en récoltant des dons d’agences d’architecture norvégiennes.

C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent dans la configuration suivante : construire pour un coût modique et très rapidement de quoi héberger les enfants. Ils firent donc le choix de construire, avec la population locale (et quelques soldats en permission) et avec des matériaux locaux. Le choix était simple : le site se trouvant à proximité d’une forêt, ils ont donc opté pour une structure bois avec parois, couvertures et éléments intérieurs, en bambou, abondamment disponible sur place. Et c’est en expérimentant sur place, au jour le jour, avec leur connaissances et celles des locaux (cela a été un échange constant) que le projet a pris forme. Et quelle forme ! Ce superbe projet en a très vite amené d’autres dans la même région, et Tyin a pu affiner ses outils et techniques petit à petit, l’expérience se faisant sur le chantier. Et cerise sur le gâteau, nous avons pu voir en avant-première leur dernier projet fraîchement sorti de terre, à Sumatra, pour une coopérative de production de cannelle. Il s’agit cette fois d’un projet plus conséquent, et qu’ils ont réalisé en tant qu’architectes cette fois. Là encore, bien que l’échelle soit plus importante, la démarche est similaire : travailler avec les capacités locales, à savoir hommes, culture, ressources… Vous pouvez voir ce magnifique projet prendre forme sur un de leur blog dédié ici.

Après deux heures d’une conférence riche en belles images et sympathiques anecdotes de chantier, les questions ont fusé pendant une bonne heure, tant l’auditoire semblait émerveillé par le travail et la démarche de Tyin. Et c’est le plus humblement et précisément que Yashar a pris le temps de répondre, malgré l’heure tardive. Et l’aventure de ces jeunes architectes ne s’arrête pas là, car ils sont désormais sur autre projet qui s’annonce tout aussi passionnant. Allez donc voir leur site pour découvrir leurs projets et suivre leur actualité !

Aussi, voir de jeunes architectes qui, malgré des difficulté toutes similaires, sont arrivés à aboutir à un aussi beau projet, nous a grandement remotivé, alors que notre moral était en chute libre devant les efforts que nous avions à fournir pour faire accepter un projet que nous considérons comme une chance exceptionnelle. C’est donc regonflés à bloc que nous avons quitté cette conférence, avec l’envie farouche de mener à bien ce projet qui est l’occasion de mener une expérience riche et d’approfondir notre formation en étant confrontés à un projet réel avec toutes les responsabilités que cela implique vis-à-vis du commanditaire et de ceux qui vivront l’espace au quotidien.

 

Les sanitaires de l’orphelinat en Thaïlande.

 

A chacun sa baignoire!

 

 

Ici et plus haut : un espace collectif réaménagé dans un bidonville, à Bangkok.

 

Yashar, l’un des deux « Tyin ».

 

plan de vol

Et hop, voici le premier post de l’année 2012, l’occasion de faire un tout petit point avant notre départ pour le Vietnam (à Hoi An précisément), début janvier.
Jusque là, nous n’avons rien produit de « concret » dans le sens où l’on pourrait s’attendre dans une phase de recherche à des esquisses du projet, l’école-atelier pour adultes handicapés sur laquelle nous travaillons. Le gros du travail s’est en effet porté (en plus du temps, très important, passé à organiser le voyage) sur la recherche de précédents en architecture qui ont nourri notre réflexion. Car passer de la pratique à la théorie (la capacitation), il y a un fossé, et pas des moindres. Ces recherches nous ont amené à rentrer en contact avec des gens avec qui nous avions envie d’échanger autour de leur expérience, qui pourrait nous apprendre diverses choses pour notre projet. Parmi eux, notons la chouette équipe norvégienne « Tyin tegnestue », avec qui nous avons eu le plaisir de discuter et voir leurs projets lors de lors récent passage à Paris pour une conférence organisée par l’école d’architecture de Belleville. Cette belle rencontre nous a regonflé à bloc, alors que le moral n’était pas au plus haut.

Nous avons également travaillé sur le programme « brut » tel que Binh, le fondateur de Reaching Out, nous l’a envoyé. Cela nous a permis de mettre en évidence des grands groupes de fonctions liées et de métrer les surfaces afin d’avoir une idée de l’emprise requise par un tel programme. De ce tableau (voir plus bas) et des organigrammes, rien de formel n’est proposé ; nous souhaitons aborder cela, comme nous l’avons défini dans nos hypothèses de travail, uniquement à partir du lieu et des ses potentialités : hommes, ressources, culture… Les premières propositions formelles ne naîtront donc qu’après être allé sur place. C’est donc l’objet de notre voyage. Découvrir une culture architecturale que nous ne connaissons pas, avec ses outils, à utiliser tels quels et/ou à améliorer, à lier aux besoins d’un programme contemporain. C’est là le cœur de notre démarche, qui consiste, par le biais d’un chantier école ou d’un bâtiment témoin, revaloriser une culture architecturale délaissée au profit de standards importés, et redynamiser (ou recréer) les filières locales liées à la production de l’espace habité.

A bientôt donc, en direct de Hoi An!

 

Tableau des surfaces, première estimation.

 

 

 Pour finir et en écho à l’image qui ouvre ce billet, deux autres illustrations du génial Saul Steinberg.

 

gangstarchitecture

http://www.youtube.com/watch?v=FRWatw_ZEQI

Le rapeur de la « West Coast » Ice Cube rendant hommage à Charles and Ray Eames ? Ce rapprochement en apparence improbable est du à « Pacific standard Time », une initiative culturelle qui rassemble plusieurs institutions artistiques de Californie du sud afin de rendre hommage à la scène artistique de Los Angeles de 1945 à 1980. A cette occasion ont été réalisés des court-métrages, dont un par le gangsta-rapeur de L.A., Ice Cube, à propos des Eames. Pour sûr, le texte quasi chanté dénote par rapport aux docus écrits par Richard Copans…

En bonus, le chanteur des Red Hot Cilli Peppers à propos de l’artiste Ed Rusha, et l’acteur Jason Schwartzman (vu dans le loufoque « Scott Pilgrim » d’Edgar Wright ou le jouissif « The Darjeeling Limited » de Wes Anderson) à propos de John Baldessari.
 

http://www.youtube.com/watch?v=9VrDEtpQGMs
 
Anthony Kiedis and Ed Ruscha.

 

http://www.youtube.com/watch?v=iMR4CqwEnAA
 
Jason Schwartzman and John Baldessari.

 

 

1+1+1=10 / La richesse du travail collectif

Au vu de la réaction de quelques enseignants, il est possible que nous ayons survolé un point concernant nos hypothèses de travail. En effet, lorsque nous évoquions notre volonté de travailler en groupe, il ne nous semblait pas nécessaire (au delà de l’échelle remarquable du projet) de développer tout un arsenal argumentaire pour le justifier. La pertinence de cette démarche que nous avons expérimenté tout au long de notre cursus et qui nous a profondément enrichi nous paraissait évidente. Peut-être trop au vu de la levée de boucliers d’enseignants (finalement très minoritaires dans l’école après avoir discuté avec ceux des autres secteurs) voulant systématiquement individualiser le travail afin que chaque diplômé ait « son style » reconnaissable entre autres.
Nous souhaitons donc exposer notre vision du travail collectif, et en quoi elle nous semble pertinente et même indispensable dans une école comme l’ENSAD.
Contrairement à ce qui nous est régulièrement répété, nous ne pensons pas que l’individu cesse d’exister dans le groupe si le travail n’est pas individualisé.
Il y a en effet dans cette idée un amalgame entre la production du groupe et sa nature, qui montre les limites des connaissances de la pédagogie de nos enseignants : ils ont bien du mal à évaluer autre chose que la production finale des étudiants. C’est le cas typique du dilemme de l’enseignant qui se retrouve face à un élève qu’il n’a jamais vu du semestre mais qui présente un formidable projet lors du rendu. Nous l’avons très souvent vu lors de notre cursus, et un grand nombre de professeurs a été déstabilisé face à ce cas de figure.
Aussi, nous posons la question suivante : qu’évalue-t-on dans une école d’art ?
L’individu et sa production finale (est-il bon, mauvais, moyen?) ou un processus pédagogique, c’est-à-dire la progression de l’étudiant, la pertinence des questionnements par lesquels il est passé, les outils qu’il a appris à maîtriser, la qualité des rencontres que son projet l’a amené à faire… ? Dans le cas de la seconde proposition, rien ne pousse à une individualisation au sein du groupe puisqu’un suivi régulier des étudiants permettra de répondre à ces questions.

C’est à notre sens en raison d’un manque de compétence pédagogique que l’on se retrouve confronté à la première proposition qui met de côté ce qu’il se passe entre l’énoncé du sujet et sa présentation finale, qui est pourtant l’essence d’une école : un lieu d’apprentissage, d’échange, de réflexion… Un autre facteur nourrit également cette approche individualisante de la pédagogie et qui a été magistralement analysé par Nathalie Heinich, le mythe de l’artiste(1), alimenté par les fantasmes du génie indivuel, du geste et de la personnalité hors-norme du créateur qui doit sans cesse créer les conditions de la distinction pour affirmer sa positions singulière dans le corps social. Nous refusons cette triste conception du statut de créateur et affirmons la force, la richesse et la joie qu’implique le travail de groupe où chaque être, dans une position d’égal à égal, contribue par son expérience propre à enrichir l’objet d’étude commun.
Car nous ne concevons pas l’expérience de projet de façon unilatérale, mais complexe : les individus ne « lancent » pas tour à tour et de façon indépendante leur compétences vers l’objet d’étude. C’est au contraire un échange riche et complexe entre les individus qui nourrit ces derniers et donc le projet. C’est le postulat que les idées et les propositions plastiques ne sont pas figées ; une proposition, par exemple, sera affinée par le regard critique d’un membre, avec l’idée que cette contribution a autant de valeur que la première idée énoncée, sorte de matière première imparfaite à affiner, remodeler, reformuler, réévaluer… afin de mettre en avant l’intelligence du groupe et non d’une seule personne.

C’est pourquoi nos expériences de travail collectif nous poussent à défendre l’idée que lorsque des individus se réunissent autour d’un projet, cette rencontre n’est pas qu’une somme de savoirs, une addition de compétences de type 1+1=2 mais plutôt une émulation des individus qui, par les regards et expériences croisés, peuvent produire quelque chose de bien plus intéressant que s’il étaient seuls. Nous affirmons donc que 1+1=4, 5 ou 6, voir plus, et dans notre cas 1+1+1= bien plus que 3.
Il est également très discutable de voir que très peu de projets lancé par les enseignants sont pensés pour être réalisés en groupe. Au mieux, le choix de le réaliser de manière collective est une possibilité, rarement encouragée et souvent soumise à la pression des enseignants. Le travail de groupe est pourtant, au niveau professionnel, une constante dans nos disciplines et n’importe quel projet conséquent est réalisé en équipe, et de plus en plus de façon interdisciplinaire(2). Pourquoi donc travailler en groupe, qui est un apprentissage en soi, n’est quasiment jamais encouragé ?

Devant cette approche pédagogique vieillissante et encore alimentée par le mythe individualisant de l’artiste, nous réaffirmons l’importance du travail collectif dans le processus d’apprentissage de nos disciplines, à notre sens véritable moteur créatif qui loin d’effacer les individus accompagne et renforce leur épanouissement dans l’échange et la confrontation des idées, des regards, des rêves.

 

(1) Nathalie Heinich, L’élite artiste : Excellence et singularité en régime démocratique, PUF, 1999.
(2) L’interdisciplinarité suppose une socle de savoirs partagé par les acteurs du projet, un langage commun qui permet aux individus de communiquer pour croiser leurs savoirs autour de l’objet étudié. L’échange au sein du groupe étant central, la réponse est donc une combinaison unique de spécialités et d’expériences, au contraire de la pluridisciplinarité, qui n’implique qu’une somme de regards successifs et non croisés des acteurs sur l’objet d’étude.

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D’autres groupes attachent au travail collectif une importance toute particulière, notamment lorsqu’il s’agit de croiser les expériences, les compétences et spécialités. Voici quelques uns que nous admirons particulièrement, autant dans leur démarche de projet que pour leurs réalisations.


Les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari, à qui l’ont doit entre autre, Mille plateaux et L’anti-Oedipe. Au delà de leur textes, passionnants, voici un extrait d’un article qui leur a été consacré dans Libération en 1991 (disponible dans son intégralité ici.) et qui propose une analyse très intéressante de leur manière travailler à deux.

« Je crois, dit Deleuze, que deux éléments surtout interviennent dans notre travail commun. D’abord des séances orales. Il arrive que nous ayons un problème sur lequel nous sommes vaguement d’accord, mais nous cherchons des solutions capables de le préciser, de le localiser, de le conditionner. Ou bien nous trouvons une solution, mais nous ne savons pas très bien pour quel problème. Nous avons une idée qui semble fonctionner dans un domaine, mais nous cherchons d’autres domaines, très différents, qui pourraient prolonger le premier, en varier les conditions, à la faveur d’un tournant. Kleist a tout dit sur ce qui se passe ainsi, quand, au lieu d’exposer une idée préexistante, on élabore l’idée en parlant, avec des bégaiements, des ellipses, des contractions, des étirements, des sons inarticulés. (…) Ce n’est pas nous qui savons quelque chose, c’est d’abord un certain état de nous-mêmes… »
« Toutefois, la condition pour pouvoir effectivement travailler à deux, c’est l’existence d’un fonds commun implicite, inexplicable, qui nous fait rire des mêmes choses, ou nous soucier des mêmes choses, être écœuré ou enthousiasmé par des choses analogues. Ce fonds commun peut animer les conversations les plus insignifiantes, les plus idiotes (elles sont même nécessaires avant les séances orales). Mais il est aussi le fonds d’où sortent les problèmes auxquels nous sommes voués et qui nous hantent comme des ritournelles. Il fait que nous n’avons jamais rien à objecter l’un contre l’autre, mais chacun doit imposer à l’autre des détours, des bifurcations, des raccourcis, des précipitations et des catatonies. C’est que, seul ou à deux, la pensée est toujours un état loin de l’équilibre.»
«L’un se tait quand l’autre parle. Ceci n’est pas seulement une loi pour se comprendre, pour s’entendre, mais signifie que l’un se met perpétuellement au service de l’autre. Celui qui se tait est par nature au service de celui qui parle. Il s’agit d’un système d’entraide où celui qui parle a raison du fait même qu’il parle. La question n’est pas de « discuter ». Si Félix m’a dit quelque chose, moi je n’ai qu’une fonction : je cherche ce qui peut confirmer une idée aussi bizarre ou folle (et non pas « discutable »). Si je lui disais : au centre de la terre il y a de la confiture de groseilles, son rôle serait de chercher ce qui pourrait donner raison à une pareille idée (si tant est que ce soit une idée !). C’est donc le contraire d’une succession ou d’un échange d’opinions. La question n’est pas de savoir si c’est mon opinion ou la sienne, et d’ailleurs jamais une objection ne sera faite. Il n’y aura qu’amélioration. Guattari le disait : il s’agit d’un «accordage», d’un ajustement. Lorsque l’ajustement se fait, naissent alors tous ces concepts dont l’œuvre de Deleuze et Guattari foisonne. Concepts de père commun ou de pères différents ? «Aucun de nous, répond Deleuze, ne s’attribue une paternité des concepts.
« La confection d’une machine de travail implique cette micropolitique du dissensus. Ce n’est pas un maniérisme prétentieux. C’est comme ça. Si on fait quelque chose ensemble, c’est que ça marche et qu’on est portés par quelque chose qui nous dépasse. »

 

Le chouette collectif Berlinois Raumlabor. La pluralité des profils révèle au travers des projets une vision de la ville riche et passionnante.


Les copains graphistes de Formes Vives.

 

Le collectif français Exyzt. Architectes, artistes, designers…


Les membres fondateurs (ils sont maintenant nombreux et avec des profils très variés) du formidable collectif londonien United Visual Artists.

Power in numbers!

Tyin

Après Anna Heringer nous tenons à vous présenter Tyin tegnestue. Tyin est constitué de deux étudiants, Andreas Grøntvedt et Yashar Handstad de l’école d’architecture NTNU en Norvège. Arrivés en fin de cursus scolaire, ces deux étudiants se remettaient en cause sur leur rôle en tant qu’architecte. Ils décidèrent pour faire face à ce problème de remettre en question l’architecture telle qu’elle leur était enseignée et de partir en Thaïlande pour construire un orphelinat pour leur diplôme suite à une rencontre inopinée. Même si le projet est ambitieux, les professeurs et l’école prétendent que leur réalisation est inenvisageable pour leur diplôme. Qu’à cela ne tienne, Andreas et Yashar décidèrent de laisser tomber leurs études momentanément pour entreprendre leur projet en Thaïlande.

 

 

Le projet a eu lieu dans le village de Noh Bo près de la frontière Thaïe-Birmane. Il est essentiellement constitué de réfugiés Karen dont la majorité sont des enfants orphelins. Depuis la construction de l’orphelinat en 2006 par l’étudiante Ole Jørgen Edna en 2006, le bâtiment manque de place et il devient difficile d’y loger tous les enfants. Les étudiants de Trondheim prennent alors la suite du projet en main en construisant des hébergements.

Confronté à l’inconnu, l’équipe s’est très vite rendu compte en étant en Thaïlande qu’il leur était impossible de construire avec leurs méthodes occidentales. Après divers problèmes, ils ont compris que l’architecture doit s’adapter à son lieu d’implantation. Leur démarche s’appuie sur l’utilisation des matières locales ou délaissées pour les réintroduire dans l’architecture. Leur but va bien au-delà de la réalisation d’une habitation puisqu’ils intègrent leur savoir-faire tout en l’adaptant au contexte. Ils essaient par la même occasion d’impliquer la population locale à la construction du bâtiment, d’où la mise en place de cours pour former la population locale à la maçonnerie, au tissage… Cependant la plupart des villageois travaillent bénévolement puisque les bâtiments ont été réalisé avec seulement 9 500 euros et en seulement quatre mois. Ce projet a été primé et largement publié, ce qui a permis aux jeunes architecte norvégiens de se faire connaître mondialement.

 

 

 

première approche du programme

 

 

En attendant de partir à la rencontre du Vietnam et de Reaching Out (le voyage se prépare : billets,vaccins, visas, subventions…), les premiers éléments du projets envoyés par Bhin Le nous permettent déjà de réfléchir au fonctionnement général du bâtiment à partir du programme « brut », que voici.

Sur une parcelle d’environ 3000 m2

– Nombre d’utilisateurs: 160 personnes (max)

– 1 atelier d’artisanat pour 80 personnes (en 9 groupes différents d’artisanat: tapis pour la décoration intérieure, bijoux en argent, laque, peinture sur soie, céramique, ferronnerie, atelier papier broderie et tissage).

– 3 salles de formation pour 15 stagiaires par salle.

– 2 salles de réunion (10 personnes par salle).

– 5 bureaux pour 16 membres du personnel et gestion.

– 1 grand salle de conception pour 4 designers / concepteurs.

– 1 bibliothèque (avec 15 sièges).

– Archives souples et rigides – ouvrages d’art et magazines sur l’artisanat).

– 3 grands entrepôts (1 pour les matières premières, 1 pour les outils et 1 pour les produits finis).

– 1 centre de support technique (avec des dispositifs tech & 4 membres du personnel technique)

– 1 grande salle pour les outils et machines (avec les mécanismes de plusieurs installations pour charpentier, découpage, tourneur, ponceuses, les travailleurs de teinture, des travaux de placage, peintre)

– 4 toilettes publique (avec au moins 6 toilettes accessibles à l’intérieur)

– 1 café avec une cuisine pour un maximum de 150 places.

– 1 showroom artisanat et magasin de cadeau pour les visiteurs.

– Une maison d’hôtes avec 5 chambres doubles et un dortoir pour 30 stagiaires maximum.

– Une piscine avec des installations pour PMR.

– Une salle de premiers soins
+ Un petit bâtiment de 2 gardes.

– 2 garages (1 pour 180 motos, 1 pour 3 véhicules).

– 1 cour et les jardins

– Équipements pour d’autres besoins (comme l’énergie, l’eau, la lessive, la ventilation, le système anti-incendie, deux jardiniers et 3 membres du personnel de nettoyage).

Il s’agit dans un premier temps de hiérarchiser et imaginer les liens fonctionnels et spatiaux entre les différents espaces voulus par Reaching Out. Nous avons donc proposé deux organigrammes : l’un fonctionnel, qui s’attache, en identifiant et en hiérarchisant différents pôles, à définir les liens possibles entre les espaces. L’autre, spatial, au regard de nos propositions d’organisation fonctionnelle, propose la réunion de différents espaces. Il s’agit bien entendu de propositions temporaires et relativement abstraites, qui ont des chances chances d’évoluer, d’être affinées après l’analyse de la culture architecturale et des principes constructifs locaux.

Anna Heringer

 

Anna Heringer est une jeune architecte allemande, qui, lors de ses études décide de partir au Bangladesh afin d’apporter son aide à des ONG situées sur place. Après avoir établi des contacts avec L’ONG Bangladeshi lors de ses nombreux voyages, elle décide de construire une école pour son diplôme en 2004 dans le village Radiapur situé au Bangladesh. Ce projet a pour but d’avoir un établissement dédié à l’institut Moderne d’Education et de Formation afin d’aider les enfants à développer leur propre potentiel pour l’utiliser de manière créative.

L’expérience que Anna a acquérit durant ses voyages lui a fait comprendre que l’architecture doit s’adapter à son environnement ainsi qu’à son contexte socioculturel. A l’opposé des interventions architecturales occidentales qui s’imposent, Anna tente d’adapter son architecture au lieu. Elle réintroduit dans ce projet les matières locales naturelles comme la terre et le bambou tout en utilisant des procédés de construction traditionnels. Ses connaissances apportent au-délà de toute construction typique une élaboration en combinant le traditionnel au contemporain en dévoilant les caractéristiques reconnues récemment des matériaux pauvres. Grâce à l’utilisation des ressources locales, l’architecture favorise les intérêts économiques et écologiques du village. Ce projet démontre, en plus de l’adaptation de cette architecture au lieu, que les méthodes de construction locales employées se révèlent très compétentes puisque l’école fut construite en seulement 4 mois par les artisans locaux et l’aide des professeurs et élèves. Les procédés traditionnels impliquent également les villageois dans une démarche d’auto construction où ils seront peu à peu amenés à développer leur village eux-même à travers un élan participatif.

Selon l’architecte autrichienne, «l’ architecture doit être un moyen de renforcer la confiance en soi et en sa propre culture afin de soutenir les économies locales et favoriser l’équilibre écologique».

La réalisation de cette école, avec la collaboration de l’architecte allemand Eike Roswag ,lui a valu le prix Aga Khan en 2007. Depuis ce jour, Anna Heringer a acquit une certaine notoriété et enseigne à l’Institut d’ Architecture de la Faculté de Linz, donne de nombreuse conférences et est consultante pour la Fondation Aga Khan au Mozambique.