Tri and family

Toutes les rencontres ne tournent pas autour de l’architecture et du design, comme ce fut le cas avec Tri, la très sympathique propriétaire de la maison où nous logeons, avec qui nous avons pu échanger autour de la cuisine. Après qu’elle nous ait préparé un délicieux Bo Bun, il nous fallait impérativement répondre par un plat occidental! Après des achats au foisonnant marché du quartier, nous avons donc préparé des spaghettis à la bolognaises, avec une touche locale, herbes fraîches de la région oblige. Encore un chouette moment.


Une petite session marché avant les fourneaux.

Visite à Da Nang

Ce matin le réveil fut matinal. Rendez-vous à 7h20 devant le bar restaurant « Son » tenu par Mr Than, que nous sommes sur le point de rencontrer. Il nous propose un thé vietnamien en attendant Quyen qui est chargée de nous prendre en voiture afin de nous accompagner à Da Nang. Il se trouve que M Than tient également une revue d’architecture ici au Vietnam. Malheureusement, pas le temps de discuter plus car Quyen arrive avec son fils Sesame qu’elle doit déposer en route à l’école internationale de Da Nang. Bui Cong Khanh, jeune artiste Vietnamien très sympathique parlant français, que  nous rencontrons pour la première fois, est aussi du voyage.

Une fois les présentations faites et Sesame déposé à l’école, nous nous rendons dans un café fortement européanisé car celui-ci fut construit par les français durant la période coloniale et que les vietnamiens ont réhabilité tant bien que mal, dans un style romantico-italien . De plus, nous sommes ici invité par la firme Lavazza qui tente de s’imposer au Vietnam autour d’un petit déjeuner d’affaires à l’européenne réunissant plusieurs businessmen de la région.

Cela fut l’occasion pour nous de rencontrer des architectes dont Mr Le Xuan Hung gérant de TÊT Architecture à Da Nang, ainsi que Hô Manh Hùng alias Kevin, associé commercial de l’entreprise PKG basée à Singapore. PKG est une entreprise qui conçoit des produits dérivés du bambou pour la construction avec des procédés naturels. Une fois notre assiette de boeuf purée avalée, brochures et échantillons nous sont présentées. Il nous explique comment sont fabriqués des planchers et du lamellé collé en bambou. Les colles utilisées sont naturelles et la technique vient du Japon. Le bambou, quant à lui, vient de Chine car il est plus résistant que celui que l’on trouve au Vietnam (étude réalisée par PKG). Ce fut très intéressant de discuter avec lui car la veille, nous avions discuté avec Mr Quoc à propos du bambou. Il nous expliquait que bien que le bambou soit fortement présent, le problème réside dans la durabilité de ce matériau. Le climat humide et les termites font que le bambou ne dure pas dans le temps. Kévin nous a apporté quelques éléments de réponse à propos de traitements du bambou afin de le faire perdurer dans le temps. D’ailleurs, nous allons prochainement rédiger un post, dans la rubrique In Progress et Recherches, contenant toutes les informations techniques à propos du bambou que nous aurons collectées ici au Vietnam.

 

 

Nous quittons le café pour nous rendre au musée consacré à la civilisation Cham où nous avons pu observer des statues et des fragments de temples très bien conservés jusqu’à aujourd’hui. Les détails sont d’une grande richesse.

Notre dernière étape à Da Nang fut la visite d’un marchand de sculpture de marbre de la région.  Le marbre est très présent et beaucoup utilisé dans l’habitat pour les sols et les plans de travail. Pas étonnant pour un matériau qui peut coûter jusqu’à 4 fois moins cher que le bois. Nous commençons à penser que celui-ci pourrait être intéressant pour notre projet. D’ailleurs, certaines sculptures que nous avons considérées plus comme des échantillons de matériaux que pour leur qualité formelle, ont attiré notre attention. Certaines pierres sont assez belles et ont différents traitements de surfaces (brut, polis, verni…).

Roues libres design office

Expérience inédite pour nous trois, travailler sur un projet concret de cette ampleur implique un échange continu et riche avec le commanditaire. Et parce que notre séjour au Vietnam est court, il faut être le plus clair possible avec toute l’équipe de Reaching Out afin que nous repartions en France avec un maximum d’informations. Heureusement, Binh, Quyen et toute l’équipe de Reaching Out sont très investis et la communication fonctionne particulièrement bien. Il n’y a pas un jour où nous n’apprenons pas quelque chose et c’est grisant.
Le fonctionnement est globalement le suivant : nous soumettons à Binh et Quyen les informations que nous souhaitons collecter. Eux nous proposent visites, rencontres et passent des coups de fil, contactent des amis, connaissances… et on organise l’emploi du temps afin d’exploiter au mieux le peu de temps dont nous disposons. Aussi, les journées sont chargées mais passionnantes!

 

 

La quête du bambou #1

 

A la suite nos diverses pérégrinations dans Hoi An et ses environs et compte tenu de notre choix probable d’utiliser le bambou, nous avons commencé une « quête » pour sa mise oeuvre. Choisir ce matériau, comme nous l’avons évoqué dans d’autres posts, est venu assez naturellement : c’est une herbe qui pousse très vite et qui est abondamment disponible au Vietnam, il est toujours utilisé dans le pays, il peut être mis en oeuvre facilement… Bref, tout un tas d’arguments qui ont logiquement orienté ce choix. Seulement, entre l’aspect théorique (chouette, c’est une super matériau!) et son usage concret pour le projet, il y a un gouffre abyssal. En effet, beaucoup de problèmes techniques se posent, dont voici les principaux :
– il nécessite deux traitements distincts, l’un pour extraire l’amidon, met de premier choix pour les termites, et l’autre pour empêcher les champignons et toutes sortes de moisissures se développer en raison du climat très humide. Car sans cela, il ne tient pas plus de 3 à 5 ans selon nos diverses sources locales.
– La région dispose de quelques constructions avec ce matériau, mais il ne s’agit au mieux que de grosses cabanes ou couvertures de petits bar-restaurants qui ne s’inscrivent pas du tout dans notre échelle de bâtiment. De plus, les assemblages à simple moisement et petites ligatures, ne permettent pas des portées conséquentes, et semblent peut adaptées à une région régulièrement balayée par des tempêtes. Surtout s’il s’agit d’abriter des ouvriers quotidiennement dans un espace de travail renfermant outils et machines électriques.
– enfin, les sections utilisées pour les petites échelles (mobilier ou petits abris) sont trop petites pour un bâtiment tel que le nôtre qui, compte tenu du premier programme (il va probablement évoluer), 2800 m2 de SHON au bas mot, avec probablement deux niveaux.

Nous avons donc entrepris cette « quête du bambou » et avons avec Binh orienté nos rencontres, visites et voyages autour de cet axe de recherche. Nous l’espérons épique, cette quête sera pour nous l’occasion d’apprendre énormément de choses, et c’est donc plein d’entrain que nous l’attaquons.

Sir Colin

Se déplacer physiquement in situ est pour un projet d’architecture absolument nécessaire, surtout au regard de notre démarche, afin de s’imprégner du lieu, découvrir une culture architecturale avec ses matériaux, ses méthodes de mise en oeuvre, le climat…
Mais c’est aussi l’occasion de faire de belles rencontres, toujours sympathiques et enrichissantes pour le projet et sur le plan humain. Viendront donc dans la catégorie Rencontres, toute une série de rencontres avec des personnes très diverses, ayant de près ou de loin rapport à notre projet de centre de formation pour Reaching Out.

Une des première fut celle de Colin et Patricia (la sœur de la femme de notre « parrain » Roberto Ostinelli). Le couple nous a conseillé les bons petits coins de Hoi An pour aller boire un verre et manger un bon plat local… et à chaque fois nous ne fûmes pas déçus! Mieux que le guide du routard, aux conseils quelques fois douteux! Puis nous sommes allés sur le chantier de la maison qu’ils sont en train de faire construire. Première approche de l’architecture intéressante, dans le sens où nous découvrons des contraintes directement liées à la région où nous allons concevoir le projet, telles que les inondations fréquentes, la nature et le prix des matériaux couramment utilisés pour des maisons individuelles, quelques infos sur le plan local d’urbanisme, le rythme auquel les ouvriers travaillent (très vite!)… Riche et dépaysante, cette sympathique visite de chantier s’est achevée par un délicieux repas dans l’une des bonnes adresses de Sir Colin, The Mermaid.

 

Kings of concrete ! # 1

 

Typhon ou pas la question ne se pose pas, ce sera du béton !

Cela fait fait maintenant 8 jours que nous sommes arrivé à Hoi An et nous avons pu constater que le béton et la brique est fréquemment utilisé dans n’importe quels bâtiments, hôtels, restaurants, habitations, temples, ponts… récents.
Le béton est devenu l’élément phare car il protège les habitations de la plupart des catastrophes naturelles comme les typhons et les inondations. Il n’est pas rare de voir des maisons constituées de béton et de brique car ce n’est pas cher et très simple d’utilisation. En effet, les chantiers ne dépassent pas en moyenne plus de 2 mois pour ces dernières.
Sur les conseils de Binh, nous sommes allés au restaurant « La plage » tenu par Denis, un expatrié français, qui nous expliquait les différents problèmes techniques qu’il avait pu avoir dans son établissement avec le bambou, qu’il a utilisé pour son espace de restauration. L’histoire peut évoquer celle «  des 3 petits cochons ».
Avant le typhon : porteurs bambou, toiture bambou.
Après le typhon : porteurs béton, toiture bambou.
Cet exemple montre bien que nous n’avons pas le droit à l’erreur si nous devons utiliser le bambou plutôt que le béton. Cependant, la résistance du béton est également liée au site puisque la dalle sur laquelle repose le restaurant est percée à de multiples endroits par des crabes (!).

Les porteurs de la cuisine du bar-resto de Denis sont en béton, et portent une charpente en bois.

 

A une toute autre échelle que le restaurant de Denis, nous avons pu voir lors d’un de nos déplacements de nombreux Resorts qui envahissaient la plage entre Da Nang et Hoi An. A travers les panneaux publicitaires le long de la route on apercevait des entreprises en train de raser les dunes et d’y implanter de gigantesques structures bétonnées sur la plage. Le scénario de l’architecture balnéaire de la côte d’Azur se répète puisque chaque parcelle devient privée et la plage perd son charme et sa tranquillité aux profit d’un tourisme de prestige. Cela va de même pour les bâtiments traditionnels. Nous vîmes par exemple une ancienne pagode située sur une montagne flanquée d’une excroissance disgracieuse. En effet, ce paysage à l’allure atypique était complètement défiguré par l’implantation d’un asenceur en béton disproportionné qui servait d’accès à la pagode. Cette intervention montre bien le paradoxe où le pays essaie de rendre son patrimoine plus accessible tout en le détruisant avec des interventions de ce genre.

Une erreur se glisse dans cette image : saurez-vous la trouver?

 

Pour l’instant nous n’avons pas encore eu la chance de voir des architectures qui combinent avec savoir-faire le béton et l’architecture traditionnelle. Cependant nous avons pu découvrir chez certaines personnes d’autres alternatives pour apporter une ventilation naturelle dans des maisons aussi bien en briques, qu’en béton par des sortes de cheminées ou des murs à double cloisons avec une lame d’air.
Il est encore trop tôt pour savoir quel rôle jouera le béton dans notre projet, mais nous savons que si le besoin se fait sentir, nous avons « les rois du bétons » à proximité.

Béton-brique, le combo imparable du bâti moderne en pleine expansion.

une promenade en ville

En plus des données techniques que nous sommes en train de collecter, il nous a semblé important d’aborder le lieu du projet également sous un angle culturel. On se penchera donc dans ce post sur la ville de Hoi An. Rappelons que la parcelle dédiée au centre de formation est située dans la banlieue proche, à environ 4 kilomètres du centre historique.

Cette petite ville portuaire située sur la côte Est du Vietnam, à 30 Km an sud de Da Nang, était au XIe siècle (alors qu’elle s’appelait Fai Fo) une escale très importante qui accueillait des bateaux du monde entier : Portugal, France, Angleterre, Japon, Chine, Inde, Hollande… Point névralgique du commerce maritime du centre du pays, la ville était logiquement un véritable bouillon de cultures très variées. A cela s’ajoutent deux éléments importants d’un point de vue architectural : la région subi régulièrement des tempêtes et moussons et les crues du fleuve Thu Bon (en moyenne trois l’an) inonde Hoi An qui se retrouve en partie sous les eaux (2 mètres d’eau pour le point le plus bas de la ville!). C’est pourquoi, les négociants et leurs bateaux étant contraints de rester à quai, ils se firent construire demeures et entrepôts, en amenant une part de leur culture architecturale. C’est pour cela que l’architecture de la ville ancienne est un somptueux mélange d’influences vietnamiennes, chinoises, japonaises européennes (particulièrement françaises). On notera également un élément typologique intéressant car transversal aux styles : les boutiques étant initialement approvisionnées par voies fluviale, une retrouve deux espaces distincts, à savoir le côté entrepôt, relativement austère en façade, et la partie boutique, avec une devanture travaillée et largement ouverte sur la rue, avec des belles menuiseries sculptées.

 

La rue Bach Dang, au bord de l’estuaire du fleuve Thu Bon.

 

Plus haut que Benji : les crues de Hoi An!

 Outre la variété formelle très riche et les savoureux mélanges stylistiques, la ville historique dispose d’une unité de matériaux : pierre/brique et bois. Quelque soit les influences, on retrouve une constante constructive pour la plupart des bâtiments : une charpente de bois lancée entre deux murs maçonnés, et étayée par des poteaux en bois, élégamment surélevés par des semelles en pierres sculptées. On peut également remarquer que la structure des fermes diffère radicalement des nôtres sur un point. En effet, bien qu’elles semblent, au premier regard, relativement similaires lorsque l’on met de côté les sublimes éléments sculptés – qui représentent un sympathique bestiaire asiatique – on s’aperçoit en levant le nez plus de quelques secondes qu’elles de sont pas triangulées! Hérésie architecturale? A coup sûr non au vu de leur longévité et leur résistance aux nombreuses inondations.
Et réalisées pour la plupart dans du bois de fer (une superbe essence sombre, très dense, très dur, très lourde, résistante à l’eau et aux termites) ces charpentes sont d’une élégance folle. C’est une leçon d’architecture. Les petites ruelles, rythmées par les murs composés de divers ocres et des menuiseries en bois sombre, animées par des d’élégantes plantes tombantes et grimpantes, sont un vrai bonheur à parcourir.
Un point noir vient tout de même noircir ce chouette tableau : classification par l’UNESCO oblige, le centre se dysnéifie au fur et à mesure que les touristes affluent, et cela pousse les habitants à vendre leur maison pour acheter plus loin, dans la banlieue. Cette dernière, dont les constructions sont toutes en béton et brique, dénotent vis-à-vis de la ville historique, et témoignent d’une culture architecturale toute différente. Un prochain post abordera le sujet avec l’iconographie maçonnée associée.

Les fameuses fermes, non triangulées. Une constante dans Hoi An.

 

Le superbe « pont japonais », qui témoigne de la présence de migrants japonais qui se sont établis dans la ville au XVIe siècle.

Le terrain

Le terrain se trouve non loin du centre ville de Hoi An, à environ 2,5 km au Nord-Est dans la commune de Câm Hà, jusqu’à récemment rurale et faiblement construite . La banlieue de Hoi An s’y étend et des familles s’y installent  en construisant des maisons dans des temps records. Cette zone est sablonneuse et inondable. Il faut savoir qu’elle se trouve à moins de 3 km de l’estuaire du Sông Thu Bôn et qu’en temps de fortes précipitations l’eau monte rapidement et inonde Hoi An ainsi que ses alentours, dont Câm Hà. En moyenne 3 fois par ans la parcelle est en proie à la monté des eaux qui inondent sa partie basse d’une hauteur pouvant atteindre 1m en bout de terrain.

Ce lundi nous avons eu rendez-vous Chez Binh et Quyen, sa femme, car ils résident non loin de la parcelle. Binh, muni de son bolide électrique et nous de nos vélos, sommes allés sur place à travers les quartiers pavillonnaires du Câm Hà. Arrivé devant le terrain nous avons pu constater la vitesse à laquelle la zone se construit. En effet, l’aperçu que nous avions du terrain, grâce à Google Earth, nous montrait effectivement qu’une maison existait sur la parcelle mais que son voisinage était vierge. Désormais, on retrouve sur les parcelles voisines, ainsi que tout le long du chemin, des maisons fraichement construites et quelques chantiers qui nous dévoilent les secrets d’une si rapide mise en œuvre. Béton, briques et ferraillages rouillés à l’air libre, reprenant des modèles de maisons occidentales inadaptées au climat chaud et très humide.

Le terrain est orienté Nord-Est Sud-Ouest dans sa longueur. La course du soleil varie très faiblement au cours de l’année du fait que le Hoi An se trouve sur le 16 ème parallèle Nord.
Nous attendons toujours les documents officiels nous permettant d’avoir des dimensions précises de la parcelle, cependant notre déplacement sur place nous a permis d’estimer celle ci à environ 3600 m2, plutôt bonne surprise çar Binh nous avait annoncé une surface plus petite (- de 3000 m2). C’est une bande de 40 m sur 90 m pour le moment séparée en deux dans sa longueur par une clôture. La partie coté rue, contenant la maison, est plus haute d’environ 1m par rapport à la deuxième. La seconde partie, plus basse car au niveau des rizières, est recouverte d’eau car il pleut énormément  en ce moment dans la région. Cela nous laisse à penser que toute la parcelle est potentiellement inondable, même lorsque propriétaire de la maison, qui est en réalité le frère de Quyen, nous assure que l’eau ne recouvre que seulement la partie basse. Bien qu’il existe une différence de niveau, les deux parties sembles plates. La parcelle habitée est riche en plantations. On y trouve des arbres de différentes tailles et de différentes essences, donc certaines très belles, qui pourraient être intégrées au projets. Le jardin stocke des dizaines de bonsaïs géants qui attendent d’être déplacés ailleurs. Patrick et Denis nous expliquaient que le sol est constitué de sable. C’est un sable riche, un des plus fin d’Asie, où tout  pousse sans difficulté. Sous se sable se trouvent des nappes phréatiques où les habitants puisse directement l’eau prête à être consommée. Il existe cependant des risques de pollution lié au débordement de fosses sceptiques. Un sondage du terrain va être fait prochainement, afin que nous disposions d’un relevé précis des couche qui composent le sol.