Travail au sol




L’une des missions de notre déplacement ici à Hoi An était d’observer les coutumes locales. Une coutume, ou plutôt une habitude qui conserne tout le monde, que l’on soit marchand, cuisinière, mécano, ou que l’on travail le bambou, le métal ou la terre, on est accroupi au sol (voir images). Le sol semble être le plan de travail le plus libre et flexible qui soit. Les outils et les matières entourent le travailleur qui, à notre étonnement, est capable de rester assez longtemps dans cette position pour accomplir sa tâche. Après tout, cette posture relève peut être d’un intérêt particulier à étudier tant ils semblent à l’aise. Mais il arrive que les coutumes et habitudes ne soient forcément les meilleurs.








Le défi est de trouver un équilibre entre habitudes traditionnelles et ce que nous pouvons leur proposer de nouveau. Quand on leur pose la question pourquoi adoptent-ils cette posture, ils répondent qu’ils ne savent pas, si ce n’est qu’on leur a appris comme ça. S’agit-il d’un simple mimétisme ou d’une logique ancestrale? Nous n’avons pas pu savoir. Il en est de même pour certains rites religieux que l’on observe absolument partout, d’autant plus que le Têt approche.  Toutes les maisons et commerces possèdent leur propre petit temple où brûle l’encens et se trouve de la nourriture en offrande. Curieux de découvrir pourquoi et envers qui sont destinées ses offrandes, nous posons la question à Tri qui vient tout juste de les déposer sur le perron de notre maison. « Je ne sais pas » nous répond-elle, « nos parents nous ont montré qu’il fallait faire cela ». Plutôt étrange pour un rituel autant pratiqué.







En ce qui concerne la façon de travailler à RO, Binh nous expliquait qu’effectivement ils ne savaient pas pourquoi s’accroupir plutôt qu’autre chose, mais que l’influence des ancêtres est très forte et que lorsqu’ils font quelque chose d’une certaine façon c’est parce qu’ils l’on appris des anciens. Néanmoins, c’est aussi à nous de leur montrer que d’autres façons de travailler existent.
On peut en conclure que les vietnamiens s’appuient sur des habitudes anciennes, non pas qu’elles soient mauvaises, mais qui méritent d’être revues notamment dans l’ergonomie de travail propre à chaque atelier de Reaching Out. La aussi il y a une réflexion à avoir sur les habitudes, la gestuelle et les comportements locaux qui se confronteraient à une ergonomie nouvelle.  Un important travail sur l’ergonomie et les usages nous attend!

Les chaises musicales

Durant notre séjour, nous avons été accueilli par les employés de Reaching Out pour déjeuner avec eux. Grâce à ces moments partagés, nous avons vu durant plusieurs jours le fonctionnement de l’atelier entre 11h30 et 13h00. Orchestrée par trois cuisinières, le déjeuner est impressionnant à voir. On assiste tout de suite à une arrivée massive de personnes qui attaquent le déjeuner à vive allure. 10 minutes plus tard les employés quittent leur table et vient la seconde vague de personnes, qui, à leur tour viennent se restaurer. Un balet continu semblable aux chaises musicales vient rythmer le déjeuner puisque c’est au total près de 54 ouvriers qui viennent déjeuner à tour de rôle.

Actuellement les employés se retrouvent dans la cour de la nouvelle annexe de Reaching Out située à 100m du magasin. Bien que cette cour ait un charme particulier par la ruelle qui la dessert et l’architecture du bâtiment, certains problèmes subsistent du point de vue architectural. La température monte vite dans la cour puisque le auvent est constitué de polycarbonate. Même durant notre séjour qui se situe pendant la saison des pluies, nous avons pu ressentir un effet de serre dès que le soleil revenait.

L’espace de restauration manque actuellement de place, puisqu’il ne mesure que 25 m² pour les 54 ouvriers, ce qui amène à une organisation précise où ils se divisent en groupes pour aller manger. Les repas sont alors très rapides, pas plus de 15 minutes, car les personnes se succèdent les unes après les autres. C’est vers 12h00, soit 30 minutes au total pour le déjeuner, que tous les employés ont fini de manger. Durant l’heure restante ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. En général, une majorité de femmes font la sieste au premier étage de l’atelier de Reaching Out tandis que la plupart des hommes discutent autour d’un verre au café du coin. Enfin cette parenthèse s’achève par le rangement et le nettoyage par les cuisinières. Il existe différents points d’eau pour la vaisselle à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Le robinet situé dans la cour est uniquement dédié au nettoyage des plats car il nécessite un espace dégagé par rapport à la quantité de couverts tandis que le second point d’eau sert uniquement à la préparation des repas puisqu’il est intégré à la cuisine.

 

 

Cela pourrait ressembler à une véritable pagaille, mais c’est au final un véritable balai orchestré méthodiquement afin que tout s’enchaîne sans la moindre encombre en raison du manque d’espace.

Les informations que nous avons obtenu lors des déjeuners avec les employés de Reaching Out nous ont fait comprendre que les employés sont très liés les uns aux autres lors des repas et qu’il est primordial de garder cette cohésion de groupe que l ‘on retrouve aussi bien dans l’atelier que lors de la pause déjeuner.

 

Vivre à l’extérieur

Problématique incontournable de l’architecture, le rapport intérieur-extérieur est un aspect central dans la conception de l’espace. Aussi, chaque culture a apporté des réponses spatiales singulières liées au climat et à l’environnement.
Au Vietnam, en particulier à Hoi An dans le centre du pays, les températures comprises entre environ 15°C et 40°C, ont induit dans l’architecture traditionnelle une typologie d’espace qui laisse la part belle aux parties extérieures abritées. Celles-ci prennent différentes formes, c’est ce que nous allons voir dans ce post.
Dans le centre ville de Hoi An, dense, les maisons traditionnelles traversantes bi-orientées (pour plus de détails, voir le post « Une promenade en ville« ) intègrent quasi-systématiquement une cour-atrium au centre, particulièrement agréable quand il fait beau (et ça arrive souvent!). Dans les environnements moins denses, à la périphérie du centre historique, certains bâtiments « prolongent » leur espace intérieur par un espace extérieur largement ouvert mais couvert, au moins partiellement. Le rayonnement direct du soleil étant contenu par des couvertures ou brise-soleil, et les vents faisant office de ventilation naturelle s’engouffrant largement font qu’il est très agréable d’y passer su temps la journée.
Hélas, les édifices bétonnés récents, qui s’inscrivent le plus souvent dans une logique de « blaukauss » qui consiste à « extruder » la parcelle afin de maximiser la surface constructible, n’intègrent plus ce type d’espace. La logique du bloc de 4 murs-1 toit s’impose, avec un maximum de surfaces exposées au rayonnement direct du soleil (sans murs à double peau dans 99,9% des cas) et sans couverture débordante ou brise-soleil. Ce n’est donc pas étonnant que viennent se greffer sur ces constructions récentes les disgracieux et énergivores moteurs de climatiseurs.

A l’inverse, en plus de jouer un rôle thermique très positif, les espaces habitables prolongés à l’extérieur sont des lieux de vie à part entière sous ces latitudes aux températures souvent chaudes, jamais froides. Aussi notre voyage nous a permis d’expérimenter différentes typologies spatiales dans un environnement différent du nôtre, et ce avec des météos variées : de plutôt doux (18°C) et pluvieux à chaud (32°C) et ensoleillé. Et le bilan n’est pas surprenant : on étouffe dans les construction récentes fermées et mal ventilées, tandis que c’est un bonheur de passer du temps dans ces espaces de transition protégés mais en lien direct avec l’extérieur.
Après ce constat physique, les données que nous avons recueillies après que nous ayons commandé des relevés précis du site où s’implante le projet (relevé climatique, nature des sols avec carottages sur 12 mètres…) nous permettront d’apporter, nous l’espérons, les réponses spatiales les justes vis-à-vis du programme et du lieu.

 

La très agréable cour du bureau de Reaching Out fait office de réfectoire pour les artisans à la pause déjeuner.

 

Le « rez-de-chausée » ouvert d’une des réalisations de Quoc (voir le post précédent).

 

La superbe coursive en bois surplombant l’atrium central de l’atelier de RO.

 

Le restaurant Son, réalisé en Bambou, dont les espaces de restauration sont ouverts sur la rivière.

 

Les expériences de Mr. Quoc

Il y a quelques jours, nous avons rencontré un architecte franco-vietnamien, Quoc, qui après avoir fait ses études et travaillé à Paris, est retourné au Vietnam, à Hoi An précisément. Nous avons discuté de notre projet et de diverses choses telles que les particularités locales vis-à-vis de la construction, la façon dont évolue -à très grande vitesse- le Vietnam… et surtout des expérimentations qu’il était en train de conduire sur un terrain qu’il avait acheté sur une île de l’estuaire de Hoi An. Le temps, très pluvieux, nous a hélas empêché d’y aller le jour même, aussi, nous avons convenu de se retrouver là-bas pour visiter ce chantier expérimental.

Quatre ou cinq jours plus tard, alors que le soleil était de retour, nous recevons à 5h du matin un message de Quoc pour une visite le matin sur son site. Tout excités à l’idée de découvrir ce projet, nous sautons tôt du lit, enfourchons nos vélos jusqu’au port de Hoi An, et embarquons dans la première navette pour l’île.

Après s’être enfoncé de plusieurs kilomètres dans la campagne, nous retrouvons Quoc au portail de son terrain pour une agréable visite de ses nombreuses expériences. Car il s’agit en fait de plusieurs bâtiments voués à être loués (certains, achevés depuis plus de 3 ans, le sont déjà), qui sont à chaque fois pour leur architecte une expérience constructive et spatiale nouvelle. C’est en quelque sorte un terrain de jeu géant pour lui, une boîte à legos à l’échelle de l’homme qui ferait rêver bon nombre d’architectes. Ce sentiment de jeu de construction est d’autant plus fort lorsque nous découvrons sur le terrain un atelier (scierie, stock de briques, sac de ciments, bois fraîchement débité et de seconde main) en lien direct avec les constructions!
Parmi ces sympathiques expériences, nous pouvons citer des maisons de village traditionnelles hoianaises réhabilitées pour la location (et donc adaptée à des standards modernes, tout en conservant ses qualités spatiales), des espaces de vie extérieurs réaménagés afin de réaffirmer la pertinence de cette typologie d’espace très ancienne et parfaitement adaptée au climat de la région, et une superbe maison de Robinson en bois et dans les arbres, qui utilise habilement ces derniers comme protection, et qui réserve au « rez-de-chaussée » un espace de vie extérieur, très ouvert sur la nature. La visite était également ponctuée d’anecdotes de chantier intéressantes vis-à-vis de certains matériaux qui était à chaque fois des petites leçon de construction issues de ces expériences variées.
Enfin, après cette chouette découverte, nous reprenons le bateau pour Hoi An sous le soleil chaud du Vietnam, et laissons dernière nous Quoc et son jeu de Lego géant.

 

« Paie ton crous ! » #1

06/01/12 – 19h00 – Ho Chi Minh

Nous étions en train de faire la queue pour notre prochain vol vers Hoi An lorsque nous avons reçu un message de notre ami Fabien:

CROUS?*

* invitation pour déjeuner au restaurant universitaire.

Le cœur lourd de le laisser seul devant son insipide poulet/frites du crous, nous avons décidé de lui consacrer une rubrique « Paie ton crous ! ».

07/01/12 – Hoi An :

Premier petit déjeuner dans le restaurant « Son » situé au bord de la rivière Thu Bon.

 

07/01/12 – Hoi An :

A la découverte du Cao Lao !

Après la visite du magasin et de l’atelier Reaching Out nous nous retrouvons sur le bord de la rivière pour déguster un Cao Lao, spécialité culinaire de Hoi An. Les nouilles sont l’ingrédient principal de ce plat, puisqu’elles sont précuites avec des cendres de plantes de mers situées sur les côtes des îles Cham, ce qui apporte un goût naturellement salé et cendré aux nouilles. Le reste du plat est constitué de de porc, de soja, de pâte de riz frit et d’herbes, il est généralement servi avec une galette de riz que l’on concasse. Approuvé par la team Roues Libres il est devenu notre référence culinaire.

 

08/01/12 – Hoi An

Rencontre avec sir Collin autour d’un Hot Pot au Mermaid.

13/01/12 – Da Nang

Installés dans le restaurant Lavazza, nous discutions affaire autour d’un bon repas occidental offert par la maison.

14/01/12 – près de Duong Son

Repas convivial avec  Bhin Le, Quyen, Sesame et  monsieur Tan  après notre voyage au sanctuaire My Son.

la quête du bambou #3

Au fil de nos rencontres et recherches, notre quête du bambou avance. Utiliser le bambou pour des structures de grande ampleur, avec des portées conséquentes, nous savons que c’est possible. Simon Vélez, l’architecte colombien, l’a démontré au travers de nombreux et superbes projets. Il a développe une technique de mise en œuvre très intéressante qui consiste a remplir la première chambre(*) des tiges de bambou afin de pouvoir les boulonner -sans que la tige éclate- et les lier avec des connecteur acier. Allez donc faire un tour sur le net pour voir ses réalisations. Nous espérons également poser un certain nombre de questions à Anna Heringer avec qui nous venons de rentrer en contact et qui a réalise de très beaux projets qui intègrent ce matériau et avec nous venons de rentrer en contact.

Mais les rencontres locales ont également apporte leur lot de bonnes informations. Nous avons en effet rencontre Kevin, un vietnamien de Da Nang associe a un entrepreneur chinois de Singapour qui a créé une entreprise de produit dérivés bambou : sols, barrières, poteaux, planchers… Et c’est concernant le traitement du matériau que les infos ont été les plus intéressantes, car l’entreprise a importe des techniques japonaises écologiques qui évitent de passer par des traitements chimiques polluants et toxiques (elle dispose d’ailleurs de plusieurs labels sérieux). Il existe plusieurs façons d’extraire l’amidon des tiges, plus ou moins rapides. La méthode traditionnelle, longue, qui consiste a immerger les tiges coupées dans de la boue pendant au moins 6 mois. Et d’autres plus rapides, principalement chimiques, mais pas toutes polluantes. Kevin nous doit nous communiquer sous peu les références exactes des produits utilises. Puis vient le traitement contre les moisissures et champignons. Des traitements chimiques existent depuis un certain temps mais sont peu fiables et très polluants et toxiques. Heureusement une entreprise japonaise a mis au point une formule écologique et très fiable qui permet a l’entreprise que représente Kevin de proposer des garanties de 10 et 20 sur leurs produits. Certes un peu cher (compter 12 dollars le mètre carre), ce traitement se vend en pot et est applicable facilement. Donc si le matériau, déjà très bon marche comme le bambou, est traite rapidement et sur place afin de minimiser les transports et intermédiaires, cela peut être une solution très intéressante.

Il est prévu également très prochainement de découvrir des projets réalises en Bambou avec Mr. Than, un ami de Binh et fondateur d’une revue de design et d’architecture. La suite du feuilleton « quête du bambou » très bientôt.

 

la quête du bambou #2

 

En plus du réseau de Binh et des expats’ français, nous avons eu l’occasion de rencontrer quelques petits ateliers locaux, tous dans la ville de Hoi An. L’une des première et intéressante rencontre fut celle avec un artisan menuisier spécialisé dans le bambou, originaire de la campagne qui s’est installé à Hoi An avec sa famille pour y travailler et vendre sa production. Il nous a chaleureusement accueilli autour d’un thé afin de nous parler de sa pratique avec Binh à la traduction. Ce fut une des premières approche avec ce matériau que nous souhaitons intégrer au projet, et bien qu’il s’agisse de l’échelle du mobilier et non du bâti, de précieuses infos sont ressorties de cet entretient. On notera au passage la versatilité de ce matériau avec l’aménagement intérieur que l’artisan a réalisé pour sa maison, en particulier l’élégante main courante de l’échelle-escalier qui mène à la mezzanine.

Les petits ateliers étant nombreux et disséminés un peu partout dans la ville, nous avons aussi visité une scierie, preuve que l’usage du bois est toujours d’actualité. Et étant donné la taille des grumes, on peut aisément imaginer qu’il est possible d’utiliser le bois pour la structure. Néanmoins, il y a un bémol : le bois est apparemment très cher et les forêts ne semblent pas être gérée comme en Europe. Et les essences susceptibles de résister aux contraintes locales (forte humidité, inondations fréquentes, termites…) ne sont plus très nombreuses.  Il s’agit donc de nouveaux facteurs qui nous orientent assez logiquement vers le bambou.

 

Denis et Patrick

Hoi An étant une petite ville, le fait de rencontrer une personne bien implantée et active localement telle que Binh donne accès à tout un réseau de sympathiques personnes. Parmi eux, Denis et Patrick, deux expatriés français qui vivent à Hoi An. Le premier qui tient un chouette bar-restaurant sur la plage de Am Ban, dénommé « la plage », et le second, ingénieur (avec nous travaillerons et qui supervisera toute la partie technique du projet) travaille dans la région grâce à son expertise technique. Ça a été l’occasion d’évoquer nos hypothèses de travail et de glaner de précieuses informations de la part des deux compères qui connaissent très bien la région. Patrick, qui vient d’achever la construction de sa maison, a pu également partager son expérience architecturale locale afin de nous éclaircir tout un tas de points liés aux habitudes constructives locales.
Nous avons pu aborder (et apprendre) des points techniques tels que la nature des sols dans les environs, la manière dont sont réalisées les fondations, les différentes façons de gérer les inondations et le climat… tout cela autour d’un repas ponctué d’un « vrai » café (les vietnamiens ont une cuisine divine, mais leur café n’est pas le meilleur du monde!).
Cette rencontre a également été l’occasion de visiter, dans le resort de la famille de Denis, des maisons traditionnelles somptueuses en bois de fer, qui viennent du nord de la région, et remontées ici. Anecdote intéressante, les matériaux ont voyagé avec les seuls artisans capables de remonter les superbes assemblages en bois de ces bâtiments plusieurs fois centenaires (début XIXe pour les plus anciens). Les éléments porteurs comme les charpentes, tout comme les ouvrants élégamment  sculptés, témoignent d’un travail incroyablement technique et sensible où ornements et structure ne font qu’un.