Back on tracks

Nous voici donc de retour en France après trois semaines extrêmement riches à tous les niveaux : aussi bien concernant la qualité des informations qu’on a pu glaner sur place qu’au niveau humain à travers la richesse des rencontres sur place. Bien que nous avons commencé à le faire avec ce blog, nous entreprenons maintenant un énorme travail d’analyse, de croisement, de hiérarchisation des informations, très variées. Ce premier axe principal s’articule avec deux autres : les recherches sur le bambou à travers l’analyse de structures existantes et le programme notamment avec l’aspect logistique de l’atelier, coeur du projet.

Nous avançons donc sur ces trois axes simultanément, chacun nourrissant les deux autres.

Paie ton crous ! # 2

Après plusieurs réclamations, voici un deuxième article « Paie ton crous ! » pour tous les amateurs de cuisine Vietnamienne.

 

18/01/12 – Hoi An

Préparation du « Com Ga » par l’artiste Khanh, spécialité de Hoi An à base de poulet, papaye, citron, herbes… le tout légèrement relevé par le nuoc-mâm, une sauce à base de petits poissons macérés dans de la saumure.

 

19/01/12 – Hoi An

Dernier déjeuner avec l’équipe de Reaching Out pour célébrer le début de la fête du Têt.

 

Tan

Toujours au menu des rencontres sympathiques et enrichissantes, voici Tan, éditeur d’une revue d’architecture et design (et gérant du sympathique restaurant le Son, sur la rivière) qui nous a accompagné dans plusieurs de nos déplacements. Il nous a également fait découvrir plusieurs projets qu’il a publié dont, ceux de l’architecte vietnamien Vo Trong Nghia, qui utilise fréquemment le bambou dans ses projets. Ca a été l’occasion pour nous de constater que des bâtiments conséquents (autres qu’une simple cabane) étaient réalisés en bambou, et avec une approche architectural contemporaine. Les détails réalisés par ce jeune architecte, que nous mettrons prochainement en ligne, nourrissent notre réflexion sur le matériau bambou et viennent s’ajouter à notre banque de données qui se remplit jour après jour.

 

Kings of concrete! # 2

Visite de la maison de Kenzo

Toujours dans la grande lignée du béton, nous avons découvert lors de notre voyage que l’utilisation de cette matière au Vietnam est bien plus ancienne que ce que l’on imaginait. On peut voir dans certaines maisons coloniales de Hoi An des sols recouverts de béton, puisque l’arrivage des premiers colons Français à Da Nang concorde à l’engouement du béton en France durant le 19e siècle. Ceci explique pourquoi le mot «béton» en Français est semblable à « bê tông » pour le Vietnamien. Contrairement aux constructions actuelles, on retrouve le béton seulement pour les surfaces au sol des maisons traditionnelles. Dans l’esprit de la période architecturale coloniale, le béton était imprimé afin d’arriver à un niveau de finition égal à celui des boiseries du bâtiment.
Il est coulé une première fois avec une épaisseur assez importante pour avoir les bases du plancher, puis une seconde couche plus fine de ciment est ajoutée par-dessus. Lorsque l’enduit est encore frais, les ouvriers appliquent des gabarits métalliques sur le béton pour créer des empreintes, on obtient ainsi un béton orné de motifs en bas-reliefs. Ces dessins varient d’une maison à l’autre puisque les formes des gabarits sont préalablement conçues par des artisans et sont disposés l’un après l’autre sur une trame virtuelle, ce qui laisse un grand choix aussi bien dans le motif que dans la composition graphique du sol. En plus de son aspect esthétique, les rainures du béton ont la même fonction que le carrelage, ce qui évite d’avoir un sol glissant.

A l’heure actuelle nous sommes toujours dans la prise d’informations, mais le béton imprimé semble une piste intéressante à travailler tant sur son aspect esthétique que pour sa qualité fonctionnelle où le sol de l’atelier est continuellement martelé par les ouvriers de Reaching Out. En plus d’être pratique, c’est un matériaux peu coûteux puisqu’il est couramment utilisé au Vietnam. Le béton imprimé apporte en plus de ses caractéristiques une approche architecturale qui pourrait créer le point d’articulation entre la culture passée et actuelle du Vietnam.

family chicken

Nous an avons paradoxalement peu parlé, et pourtant leur leur place est central : c’est Binh et Quyen, qui gèrent Reanching Out avec une énergie débordante. Nous devons même avouer que c’était quelque fois difficile de les suivre tant ils s’investisse dans leur sympathique entreprise.
Nous les côtoyons presque quotidiennement puisqu’ils sont les commanditaires du projet, nous nous sommes assez logiquement rapprochés tant le « courant » passait bien, humainement, mais aussi intellectuellement, comme nous avons pu le décrire dans le post «Empowerment».
Quyen adorant cuisiner (et elle le fait très bien!), nous nous sommes proposés de leur faire quelques plats, dont un typiquement français : le poulet au four, cuit lentement dans son bouillon avec ses pommes de terres. Très différent des standards orientaux, il a pourtant fait l’unanimité!
Ce genre d’échange est l’occasion de découvrir les commanditaires du projet sur un autre plan que ceux de l’architecture et de la gestion de Reaching Out. Tout cela est à l’image de notre voyage qui loin de se limiter à une prise de données abstraites (bien qu’essentielles) est une expérience humaine riche de ses nombreuses rencontres qui font elles aussi avancer le projet.

Data

 

Concernant le grand projet de fin d’étude, il était évident pour nous 3 que nous devions répondre à des problématiques réelles, face à des interlocuteurs également dans une attente de propositions concrètes de notre part. Bien qu’étant encore étudiants, le fait de se retrouver dans une position de professionnels nous a donné l’occasion de rencontrer un grand nombre d’acteurs de la production d’espace qui nous ont permis de collecter tout un tas d’informations. Tout cela nous permet désormais d’entrer dans le vif du sujet.

Dans tous projets d’architectures, on se retrouve confronté à des problématiques liées au site; par exemple, plans cadastraux, coupes, données climatiques et analyses du sol sont nécessaires afin de déterminer quels types de fondations sont possibles. Et les fondations ne peuvent pas être prises à la légère, d’autant plus que le terrain est partiellement inondable et relativement meuble.  À notre demande, Binh a donc contacté des géo-techniciens locaux afin qu’il mesurent la parcelle et fasse des prélèvements des couches du terrain par carottage. Cependant nous avons découvert que l’obtention de ces données n’est pas si simple: nous ne nous attendions pas à devoir nous même définir l’échelle des plans, le nombres de carottages ainsi que leur profondeur. Heureusement  nous avons pu bénéficier de l’avis de L’architecte Mr Than, et de Patrick, ingénieur, qui  nous conseillèrent de demander des plans au 500ème ainsi que des carottages à 12 m de profondeur.

Pour l’instant, les documents officiels que nous avons obtenus sont en vietnamien et nécessitent d’être traduits. Cependant, les plans, les schémas et les unités universelles nous permettent de comprendre que le terrain fait 3170 m2 réparti sur 3 parcelles. Le terrain est orienté Est-Ouest et deux extensions sont prévues de part et d’autre de la partie Est. L’analyse du sol révèle une couche superficielle de sable homogène et une capacité de charge moyenne. Nous attendons d’analyser ces données de façons plus précise nos professeurs et des personnes compétentes afin de décider au mieux du type de fondations.

 

le sanctuaire my son

S’imprégner de la culture locale impliquait également de découvrir une partie de l’histoire du pays et de l’architecture liée. Nous avons donc pris la voiture pour nous enfoncer dans les basses montagnes du vietnam qui abritent les vestiges du sanctuaire de My Son, site occupé par les Chams du IVe au XIIIe siècle. Magnifique ensemble d’édifices ornés aux bas reliefs délicatements sculptés, ils ont la particularité d’être construits à partir d’un seul module, la brique, et mise en oeuvre à joints vifs (sans mortier). Cette prouesse technique reste encore un mystère aux yeux des archéologues qui ont du mal à comprendre comment ces bâtisseurs ont procédés, en particulier pour les voûtes intérieures en escalier. Il ne reste hélas qu’une petite partie des édifices, une grande partie ayant été détruite pas les bombardements américains pendant la guerre. Cependant, ce qui tient encore debout est magnifique et vaut le détour.


 

«Empowerment»

Plus les jours passent et plus notre capital d’inforamtions s’enrichit. Découvrir et analyser autant de choses, dans un temps aussi court, demande de l’énergie. Et cette énergie, ont l’a retrouve à Reaching Out (RO) et notamment en Binh et Quyen dans la façon de gérer cette entreprise, de prendre soin de leurs ouvriers. Aujourd’hui, nous avons assisté au dernier jours de travail pour les ouvriers de RO, celui qui annonce leur retour dans leurs familles à la veille de la fête du têt. L’atelier s’est transformé en salle de réunion afin de réunir une dernière fois, pour 2011, tous ceux qui font fonctionner RO. Le bilan de l’année est bon, les primes attendent sagement d’être distribuées dans leurs enveloppes, l’ambiance est à la rigolade. Mais ce qui nous a le plus frappé c’est de voir comment chacun a trouvé sa place, malgré son handicap. Les personnes sont joyeuses et s’affirment, à en juger la projection d’une vidéo montrant tous les membres de l’atelier chantant et dansant  sur une scène prévue pour soutenir le peuple japonais lors de la catastrophe nucléaire en 2011.Tous les efforts de Binh et Quyen sont dédiés à faire en sorte que des personnes ayant « d’autres capacités » puissent trouver une autonomie et une force de vivre dans une société qui n’a pas encore les moyens de les aider ou qui par méconnaissance les stigmatise. Car la réussite de cette entreprise tient avant tout au fait que chaque individu la composant est un artisan à part entière, comme dans n’importe quelle autre entreprise. Et s’il y avait une différence, elle pourrait être la suivante : les artisans de RO sont particulièrement talentueux au vu du de la production de l’artisanat local, presque toujours inférieure en qualité à ce qu’ils réalisent.

Il nous paraissait important de rappeler cet aspect et de le mettre en parallèle avec notre démarche de capacitation, ou empowerment -mot également utilisé par RO. En effet, leur désir de rendre autonome des personnes qui a priori ne semble pas pouvoir l’être, s’allie à notre envie de réactiver des matériaux et des savoir-faire locaux délaissés, pourtant à riche potentiel. Comme nous l’expliquions dans le post « King of concrete », l’architecture traditionnelle vietnamienne se meurt au profit de modèles occidentaux illusoires à faibles coûts et de mauvaise qualité. Lorsque Binh projetait à ses travailleurs des vidéos montrant la réussite et le combat qu’ont mené certaines personnes handicapés, il cherchait à leur montrer que rien n’est déterminé d’avance. Il en est de même avec l’architecture. Le futur « village » devra être un exemple d’architecture locale qui renoue avec une partie de ses origines, son contexte et ses potentialités. Nous allons à l’inverse de la démarche du puissant colon salvateur, dont nous craignons parfois être vu comme tel car le souvenir des colonies et guerres avec l’occident est ici encore présent. Nous ne voulons pas imposer un savoir ou même que les échanges soient unilatérales. il s’agit d’apporter notre regard à la fois extérieur et averti alors que les vietnamiens semblent avoir le regard détourné de leurs propres potentialités. Ce sont ces potentiels locaux et non les nôtres que nous devons mettre en avant.