De l’intention formelle à la structure

Après avoir retenu l’idée du “ruban” se déployant sur la parcelle, il nous restait à résoudre un problème de taille : comment ça tient?

Mais avant de parler de structure, il est important de préciser que cette forme, loin d’être gratuite, cherche à lier expression et contraintes bioclimatiques. Les deux arches sont orientées en fonction des vents dominants (venant principalement de la mer, à l’est), avec la volonté de l’utiliser pour ventiler naturellement nos espaces. La course du soleil a également joué, ce qui nous a fait dessiner des arches orientées de telle sorte que, avec des débords de toiture généreux, le rayons ne viennent pas directement taper sur les espaces de vie. Quant à ces derniers, nous sommes partis sur des “boites” indépendantes, plus ou moins ouvertes en fonction du programme à y loger. L’idée principale est de proposer un espace couvert largement ouvert sur l’extérieur tout en étant protégé de la pluie et du soleil, avec des espaces davantage clos (nos “boites”) afin de s’adapter aux fonctions qui le nécessitent (logements, magasin, certains ateliers…). Ce choix découle de notre analyse des espaces à vivre au Vietnam, auxquels nous avons consacré précédemment une analyse. C’est en effet une typologie courante et parfaitement logique au vu du climat local.

Reste donc la question initiale, à savoir comment faire tenir cette “super-structure” qui vient abriter notre programme. Voici donc un nouveau jet de maquettes qui tentent de résoudre les délicats problèmes de statique. Après plusieurs jets, on retiendra une piste qui nous semble intéressante à exploiter, celle d’un module triangulaire répété dans l’espace et lui-même moisé.

 

 

recherches structure /2

Les recherches structure continuent bon train, tandis qu’on se familiarise avec notre « module », la tige (chaume) de bambou, avec ses contraintes et possibles. Binh nous a d’ailleurs apporté des informations cruciales sur les variétés présentes au Vietnam suite à nos questions, qui concernaient le diamètre, l’épaisseur et la longueur de celles-ci. Pour les plus grandes, c’est 10 centimètres à la base, 7 au sommet, pour 7 mètres de longueur. Cela explique pourquoi Vo Trong Nghia, à qui nous avons fait référence précédemment, n’utilise que de « petites » sections avec un système de moises successives pour renforcer et prolonger les porteurs, à l’inverse de Simon Vélez, qui dispose en Colombie de sections bien plus importante (un bon 25 centimètres de diamètre pour certains chaumes!).

Cela nous permet donc de travailler à l’échelle, avec une vision plus précise d’une structure qui sera donc composée de chaumes d’une longueur maximum de 7 mètres. D’où nos recherches autour de moises successives. C’est également une façon de constater que ce matériau, intrinsèquement proche du bois (c’est en réalité une graminée), doit d’avantage être pensé en terme de structure comme le métal, avec l’assemblage de profilés de différentes sections.

 

 

Ateliers textile / vêtement

Dans la continuité des visites d’ateliers Parisiens, nous sommes allés dans les secteurs design vêtement et design textile de notre école. En lien avec l’atelier textile de Reaching Out, nous profitons des informations accumulées lors de notre voyage pour les comparer au mode de travail des étudiants de l’ENSAD.

Même si Reaching Out s’inscrit dans une démarche commerciale destinée à une clientèle internationale, nous avons pu remarquer quelques ressemblances liées à l’aménagement spatial de l’atelier vêtement de l’ENSAD : postes individuels, plan de travail commun, multiples rangements…
Contrairement à certaines entreprises, les employés de Reaching Out ne travaillent pas à la chaîne, mais confectionnent artisanalement leurs produits de A à Z. Le fait de ne pas attribuer de tâche particulière à chaque personne sur la réalisation des produits change considérablement l’agencement de l’atelier, puisque chaque employé porte différentes casquettes à la fois et doit sans cesse se déplacer d’un point à un autre de l’atelier pour réaliser son produit. Cette configuration tend à se rapprocher des ateliers scolaires puisque les étudiants sont amenés à produire leur maquette de A à Z en voyageant à travers les différents pôles de l’atelier. Bien que l’aménagement fonctionnel semble très peu différent de notre école, l’atelier de Reaching Out rencontre de nombreux problèmes par le manque de place. Certaines astuces ont été trouvées dans les ateliers de l’ENSAD pour faire face à ce problème comme des tables/rangements, des suspensions pour les fers à repasser ou encore un support mural pour les rouleaux de tissu. A travers cette visite d’atelier nous avons pu comprendre l’importance de certaines machines, comme l’ourdissoir, qui occupe une place majeure dans l’élaboration des produits. Maintenant que nous avons toutes ces données, notre but est d’essayer de faire cohabiter nos méthodes de travail à celles des employés de Reaching Out.

mise en espace du programme

En parallèle de nos recherches sur la structure, et suite à nos organigrammes fonctionnels et spatiaux, nous avons commencé à mettre en espace (voir image suivante), de manière relativement schématique le programme qui s’affine au fil de nos échanges -par mails- avec Binh. Etant donné la configuration de la parcelle, étirée en hauteur, nous scindons l’espace en deux parties :

– l’une publique qui intègre l’atelier, la bibliothèque, la cantine, l’espace de conception et les bureaux, avec un accès direct sur la route .

– l’autre privée, en fond de parcelle, qui reçoit l’espace logements et le jardin avec piscine pour les employés et les volontaires.

Les pointillés représente, de manière schématique, la toiture qui unira les trois grands espaces. Bien que l’ensemble soit schématique, cela présente néanmoins notre parti-pris spatial qui consiste à lier 3 bâtiments tout en laissant une part belle à des espaces extérieurs abrités, très répandus dans la culture architecturale vietnamienne. En effet, en, raison du soleil et des pluies, il est très agréable sous ces latitudes de pouvoir être à la fois dehors et abrités. Enfin, les données climatiques liées au site telles que les précipitations, les vents dominants et la course du soleil seront des facteurs qui rentreront en compte lorsqu’il s’agira de dessiner cette grande  « toiture ».

 

Le garage

 

Malgré le relevé du sol très précis que nous avons obtenu (voir poste « DATA »), nous avions une inquiétude concernant l’eau contenue dans le sol.  En effet,  le terrain se trouve proche de la mer et de l’estuaire, de plus il est sableux. En saison des pluies, qui dure 4 mois, la partie du terrain la plus basse est recouverte d’eau. Comme nous projetions d’excaver le sable afin de mettre le grand garage de 1000 m2 (140 deux roues) en sous sol ne devions s’assurer que si en creusant, l’eau n’allait pas remonter dans l’excavation. Dans nos hypothèses initiales, nous admettions que l’eau puisse s’infiltrer dans le garage pendant la grande crue de l’estuaire qui a lieu 1 fois par an et qui dure 3 jours. Nous voulions jouer avec ce facteur car le travail est à l’arrêt dans l’atelier durant cette crue. Le travail aurait repris une fois la crue passée et le garage libéré. Pour s’assurer que l’eau ne comblerait pas le sous-sol une fois celui-ci creusé, nous avions demandé à Binh de creuser sur le terrain un trou de 3 m de profondeur sur 1 m de diamètre. Cette demande semblait difficile à satisfaire pour lui car il n’était pas facile de trouver quelqu’un pour creuser ce trou.

Heureusement, un puits de 3 m existant sur le terrain est suffisant pour constater la présence d’eau dans le sol (voir vidéo). En saison sèche le niveau de l’eau dans le puits se trouve à environ 2m sous le niveau du la surface du sol. En saison des pluies le niveau de l’eau s’aligne sur celui de la partie basse du terrain, autrement dit, à 1 m en dessous du niveau le plus haut du terrain. La réponse est sans équivoque, l’eau va bel et bien investir le garage. Cette réponse nous pousse à redéfinir le programme et trouver un autre emplacement pour le garage. En effet, des solutions existent  tel que le cuvelage qui rendrait le sous-sol étanche, mais ces solutions sont lourdes et vont à l’encontre de notre démarche qui cherche d’avantage à jouer avec les propriétés du terrain qu’à les contrer. Binh vient de nous faire savoir que la surface du garage pouvait être réduite et peut-être divisible en deux avec 30 deux roues pour les visiteurs et 70 pour les membres de Reaching Out.

recherches autour de la structure

 

Comme nous l’avons précédemment évoqué, nos recherches portent actuellement simultanément sur la mise en espace du programme et la structure. Les deux étant liés, nous opérons un va et vient entre ces deux aspects du projets, chacun étant très lié l’un à l’autre. Voici donc la partie structure : il s’agit pour l’instant, à la suite des nombreuses analyses de structures en bambou existantes (voir dans les posts précédents), d’utiliser divers procédés de mise en oeuvre, assemblages… afin d’aboutir à des propositions très variées, sans trop se restreindre à cette étape. Les spaghettis sont, pour travailler à une échelle réduite, assez pratiques, mais montrent très vite leur limite lorsqu’il s’agit de travail sur des éléments en flexion, propriété qu’offre largement le bambou du fait de sa nature flexible. C’est pourquoi nous travaillerons dans un second temps avec de petites de bambous afin de retrouver des propriétés similaires.

Notons également que ce travail sur la structure nous a fait nous rapprocher assez logiquement de l’atelier « morpho-structure » de l’école, avec un enseignant fraîchement arrivé, Nicolas Nemitz, ingénieur de son état, avec qui nous avons des échanges très intéressants et qui est motivé pour nous donner des coups de main dès que ces recherches aboutiront aux propositions que nous retiendrons pour le bâtiment.

L’atelier de céramique de Yoshimi

Maintenant que nous avons hiérarchisé et bien en tête toutes les informations recueillies au Vietnam, nous nous lançons dans la recherche spatiale et notamment dans l’agencement des différents corps d’artisanat qui composeront le grand atelier. Pour cela nous allons faire la visite de plusieurs lieux de création à Paris afin de voir cette fois-ci ce que nous pouvons apporter à chaque activité sans pour autant altérer leur savoir faire. En effet, même si notre visite à Reaching out nous a prouvé que ces personnes avec « d’autres capacités » pouvaient aboutir à des objets de haute qualité, il nous semble que certaines améliorations devaient être apportées comme par exemple : l’ergonomie, les scénarios d’usages, la manipulation d’outils ou de produits, la logistique de l’atelier.

 

Vendredi dernier nous sommes aller rendre visite à Yoshimi Futamura, maître céramiste d’origine Japonaise et diplômé de l’école Dupperé à Paris, dans son atelier professionnel. Cette visite était nécessaire car cet artisanat, n’existant pas au sein de Reaching out, doit être inséré au programme. En effet, pour le moment les poteries sont acheter à un fournisseur de Bat Trang mais Binh souhaiterait que l’atelier produise ses propres céramiques avec 8 apprentis. Nous avons visité un village de potiers traditionnel au Vietnam et rencontré une femme maîtrisant la technique malgré son âge avancé (voir poste « l’argile c’est la santé »). Cependant, insérer les mêmes dispositifs du village dans le nouvel atelier semble difficile. En effet, le grand four à bois demande de l’espace et émet une chaleur importante (environs 950 degrés, mais ça peut varier suivant l’argile utilisée). L’atelier de Yoshimi à Parsi fait à peu près 100 m2 et tout le nécessaire y est pour que 8 personnes travaillent simultanément à leur aise: plan pour le modelage, espace avec les tours électriques, le point d’eau, les étagères pour faire sécher les poteries, plan pour appliquer et tremper les émaux, l’espace de séchage des émaux, stockage des matières premières. En un peu plus d’une heure partagée avec Yoshimi et ses dames nous avons pu assister au fonctionnement de l’atelier. Nous remercions chaleureusement Yoshimi pour son accueil.

Vo trong nghia


Nous vous parlions il y a peu de la rencontre avec Tan, fondateur et directeur d’une revue d’architecture et de design en vietnamien, qui nous a fait découvrir l’architecte Vo Trong Nghia, basé à Ho Chin Min (Saigon). Ce jeune architecte a la particularité d’avoir utilisé le bambou dans de très nombreux projets qui l’ont fait connaître, à l’instar du colombien Simon Vélez, avec cependant quelques différences. En effet, les section des chaumes (les tiges) de bambou étant moins importantes que celles utilisées par l’architecte colombien (est-ce dû aux variétés présentes localement?), Nghia les utilise d’avantage en faisceaux avec un système de moises successives avec ligatures, contrairement à des emboitements ou jonctions. L’usage du matériau étant différent, les formes semblent tout naturellement s’adapter à cette logique constructive. Bien évidemment, la sensibilité de l’architecte vietnamien est bien présente, et c’est également grâce son approche architecturale qui intègre systématiquement l’air et l’eau, qu’il abouti à ces très beaux projets.