Hassan Fathy


Il nous était impossible d’aborder notre projet et d’évoquer ses influences sans parler du travail extraodinaire d’Hassan Fathy, en particulier concernant son projet du nouveau Gourna en Egypte.

Pour l’architecte égyptien, la brique de boue, matériau « tombé du ciel » d’après ses mots, s’est imposée à lui pour des raisons économiques mais aussi plastiques. Il fut séduit par la simplicité et la matérialité qu’offrait ce matériau « pauvre » utilisé par les paysans d’égypte pour leurs maisons. Les considérations écologiques de l’époque n’étant pas les mêmes qu’aujourd’hui, le choix n’était donc pas une fin en soi mais purement rationnel : pas de transports avec l’élaboration des briques de boue sur place, il en va de même pour le mortier, réaction aux pics de chaleur bien meilleure que le béton, outils de mise en œuvre oeuvre très réduits…
Le choix de reconstruire le village de Gourna (le précédent étant sur un site archéologique pillé par les habitants, les autorités ont décidé de déplacer le village) en terre fut donc évident pour l’architecte égyptien compte tenu de la grande pauvreté des habitants et des subventions très limitées de la part du gouvernement. Aussi il mena ses propres expériences, en réalisant plusieurs habitations, pour des personnes aisées principalement. Le bilan, particulièrement positif selon lui sur l’aspect plastique, l’était moins sur le plan économique ; en effet, les charpentes, réalisées en bois importés faisaient monter les coûts considérablement. C’est donc dans la culture constructive traditionnelle que Fathy se plongea pour résoudre ce problème.

« Et puis je me suis rendu compte que si j’avais des briques de boue et rien d’autre, je n’étais pas moins bien pourvu que mes ancêtres. L’égypte n’avait pas toujours importé de l’acier de Belgique et du bois de Roumanie, et pourtant l’égypte a toujours construit des maisons.»

Il s’inspira alors de techniques ancestrales, notamment des voûtes nubiennes, pour résoudre le problème des niveaux et des couvertures. Techniques quasiment oubliées, il dut partir à la rencontre des descendants des maçons nubiens qui eux seuls maîtrisaient encore cette technique de mise en oeuvre en passe de disparaître des mémoires.
L’intérêt fut double : le problème initial fut résolu, mais l’approche totalement empirique des maçons armés d’un minimum d’outils permit de généraliser cette technique en maîtrisant largement les coûts.
Après des édifices-modèles convaincants, Fathy dut penser et organiser la vie du chantier, dans lequel il évoluait au quotidien. Puisqu’il s’agissait de « construire avec le peuple » comme le précise le titre de son livre qui relate ce projet, il créa des centres de formation pour les maçons et mit en place les outils théoriques et pratiques pour que quiconque souhaite s’initier à la technique de mise en oeuvre de briques de boue puisse le faire et devenir par la suite autonome pour exercer ailleurs.
Aussi, de la fabrication des briques de boue à la mise en oeuvre, les habitants du village purent se confronter à l’ensemble du processus constructif.

A l’instar des projets d’Anna Heringer, Fathy a souhaité mettre en avant l’artisanat traditionnel, à fois expression essentielle de l’esprit et des mains de l’homme, et pan culturel primordial dans le projet. Il encouragea et développa des échanges continus durant le chantier avec des artisans afin de revaloriser un savoir-faire dénigré par l’attrait pour des standards constructifs occidentaux fantasmés. Aussi, le chantier devait selon lui s’articuler autour de ce qu’il nommait « la trinité propriétaire, architecte et artisan.»

« La participation intelligente du client est essentielle au développement harmonieux de la construction. Le client, l’architecte, l’artisan forment une trinité dans le projet où chacun a un rôle vital à jouer. Chacun doit prendre des décisions dans son domaine, et si l’un d’eux abdique sa responsabilité, tout le projet en souffrira et le rôle de l’architecte dans le progrès culturel et le développement de tout le peuple en sera diminué. »


Le théatre du village.

Le centre de formation des maçons, ici travaillant la mise en oeuvre de voûtes.

La cour intérieure d’une maison.

Un moucharabieh traditionnel réalisé par des artisans locaux.

La cour intérieure de l’école pour garçons.

 

Cette aventure, riche et pleine de rebondissement a fait l’objet d’un livre de l’architecte dont sont extraites les images  -qui est pour beaucoup d’architectes une bible-, Construire avec le peuple, publié en français en 1970. Hélas, bien que réédité plusieurs fois, ce chouette livre est introuvable, sauf dans quelques bibliothèques bien fournies. Alors si vous le trouvez, jetez-vous dessus !

 

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