«Empowerment»

Plus les jours passent et plus notre capital d’inforamtions s’enrichit. Découvrir et analyser autant de choses, dans un temps aussi court, demande de l’énergie. Et cette énergie, ont l’a retrouve à Reaching Out (RO) et notamment en Binh et Quyen dans la façon de gérer cette entreprise, de prendre soin de leurs ouvriers. Aujourd’hui, nous avons assisté au dernier jours de travail pour les ouvriers de RO, celui qui annonce leur retour dans leurs familles à la veille de la fête du têt. L’atelier s’est transformé en salle de réunion afin de réunir une dernière fois, pour 2011, tous ceux qui font fonctionner RO. Le bilan de l’année est bon, les primes attendent sagement d’être distribuées dans leurs enveloppes, l’ambiance est à la rigolade. Mais ce qui nous a le plus frappé c’est de voir comment chacun a trouvé sa place, malgré son handicap. Les personnes sont joyeuses et s’affirment, à en juger la projection d’une vidéo montrant tous les membres de l’atelier chantant et dansant  sur une scène prévue pour soutenir le peuple japonais lors de la catastrophe nucléaire en 2011.Tous les efforts de Binh et Quyen sont dédiés à faire en sorte que des personnes ayant « d’autres capacités » puissent trouver une autonomie et une force de vivre dans une société qui n’a pas encore les moyens de les aider ou qui par méconnaissance les stigmatise. Car la réussite de cette entreprise tient avant tout au fait que chaque individu la composant est un artisan à part entière, comme dans n’importe quelle autre entreprise. Et s’il y avait une différence, elle pourrait être la suivante : les artisans de RO sont particulièrement talentueux au vu du de la production de l’artisanat local, presque toujours inférieure en qualité à ce qu’ils réalisent.

Il nous paraissait important de rappeler cet aspect et de le mettre en parallèle avec notre démarche de capacitation, ou empowerment -mot également utilisé par RO. En effet, leur désir de rendre autonome des personnes qui a priori ne semble pas pouvoir l’être, s’allie à notre envie de réactiver des matériaux et des savoir-faire locaux délaissés, pourtant à riche potentiel. Comme nous l’expliquions dans le post « King of concrete », l’architecture traditionnelle vietnamienne se meurt au profit de modèles occidentaux illusoires à faibles coûts et de mauvaise qualité. Lorsque Binh projetait à ses travailleurs des vidéos montrant la réussite et le combat qu’ont mené certaines personnes handicapés, il cherchait à leur montrer que rien n’est déterminé d’avance. Il en est de même avec l’architecture. Le futur « village » devra être un exemple d’architecture locale qui renoue avec une partie de ses origines, son contexte et ses potentialités. Nous allons à l’inverse de la démarche du puissant colon salvateur, dont nous craignons parfois être vu comme tel car le souvenir des colonies et guerres avec l’occident est ici encore présent. Nous ne voulons pas imposer un savoir ou même que les échanges soient unilatérales. il s’agit d’apporter notre regard à la fois extérieur et averti alors que les vietnamiens semblent avoir le regard détourné de leurs propres potentialités. Ce sont ces potentiels locaux et non les nôtres que nous devons mettre en avant.

Reaching out, en route!

Il est difficile de qualifier l’état dans lequel nous (Phillipe Bonan, Benjamin Mahieu et Aurélien Thibaudeau, tous les trois en 5e et dernière année à l’ENSAD) sommes, tant la route que nous avons choisi d’emprunter semble à la fois passionnante et pleine d’imprévus. Qu’importe, à l’attaque!

Il y a quelques mois, et à la suite de recherches communes, nous avons lancé l’idée -sans vraiment y croire- de réaliser un diplôme en groupe hors-format, à l’image de ce qu’a fait la jeune et chouette architecte Anna Heringer. Car cela faisait déjà un petit moment que les rendus « classiques » se limitant à des maquettes et du A0 nous frustraient, et l’envie d’explorer l’échelle 1, à laquelle nous avons eu la chance de goûter dans le cadre d’un cours de muséographie, devenait particulièrement intense à l’approche du diplôme.

De façon presque inattendue, ce projet fantasmé semble pointer le bout de son nez grâce à l’un de nos enseignants, qui, emballé par notre démarche (Voir la page Hypothèses de travail), est allé jusqu’au Vietnam pour trouver l’objet de nos désirs. Et ce dernier se nomme Reaching Out, une sorte d’entreprise-école créée en 2000 par Bhin Le, un enthousiaste personnage qui après être devenu handicapé à la suite d’un accident, a décidé de créer un lieu où tout handicapé (ou, comme ils disent, « PDA » -People with Different Abilities-, ce qui présente clairement leurs approche du problème) peut recevoir une formation et apprendre un métier pour devenir autonome et former à son tour d’autres PDA. Et comme cette sympathique initiative a connue une remarquable réussite, l’espace occupé est vite devenu trop petit. Il a donc été décidé de construire une nouvelle école pouvant recevoir 160 personnes.

C’est donc là que nous intervenons!

Notre enseignant « parrain », Roberto Ostinelli -avec qui nous avons déjà réalisé de chouettes choses- a donc rencontré Bhin Le qui a été sensible à notre démarche, et qui a souhaité nous faire participer au projet. Bien qu’il y ait encore beaucoup de flou (organisation du travail, recherches, répartitions des tâches, rencontres, financement…) l’enthousiasme généré par le potentiel d’un tel projet nous pousse à foncer tête baissée dans ce qui se présente comme une aventure forcément riche.

Ainsi, ce blog qui rendra compte au jour le jour de nos recherches, expérimentations, rencontres, expériences… et sera très vite enrichi par tout un tas de projets qui résonnent avec notre démarche et auxquels nous sommes sensibles. Et dans un second temps, nous espérons pouvoir rendre compte, si tout se goupille bien, du voyage au Vietnam que nous commençons à organiser, afin d’aller à la rencontre de l’équipe de Reaching Out et pour s’imprégner du lieu, de sa culture.

Le chemin semble long mais l’expérience fascinante, alors en route!