mise en espace du programme

En parallèle de nos recherches sur la structure, et suite à nos organigrammes fonctionnels et spatiaux, nous avons commencé à mettre en espace (voir image suivante), de manière relativement schématique le programme qui s’affine au fil de nos échanges -par mails- avec Binh. Etant donné la configuration de la parcelle, étirée en hauteur, nous scindons l’espace en deux parties :

– l’une publique qui intègre l’atelier, la bibliothèque, la cantine, l’espace de conception et les bureaux, avec un accès direct sur la route .

– l’autre privée, en fond de parcelle, qui reçoit l’espace logements et le jardin avec piscine pour les employés et les volontaires.

Les pointillés représente, de manière schématique, la toiture qui unira les trois grands espaces. Bien que l’ensemble soit schématique, cela présente néanmoins notre parti-pris spatial qui consiste à lier 3 bâtiments tout en laissant une part belle à des espaces extérieurs abrités, très répandus dans la culture architecturale vietnamienne. En effet, en, raison du soleil et des pluies, il est très agréable sous ces latitudes de pouvoir être à la fois dehors et abrités. Enfin, les données climatiques liées au site telles que les précipitations, les vents dominants et la course du soleil seront des facteurs qui rentreront en compte lorsqu’il s’agira de dessiner cette grande  « toiture ».

 

Le garage

 

Malgré le relevé du sol très précis que nous avons obtenu (voir poste « DATA »), nous avions une inquiétude concernant l’eau contenue dans le sol.  En effet,  le terrain se trouve proche de la mer et de l’estuaire, de plus il est sableux. En saison des pluies, qui dure 4 mois, la partie du terrain la plus basse est recouverte d’eau. Comme nous projetions d’excaver le sable afin de mettre le grand garage de 1000 m2 (140 deux roues) en sous sol ne devions s’assurer que si en creusant, l’eau n’allait pas remonter dans l’excavation. Dans nos hypothèses initiales, nous admettions que l’eau puisse s’infiltrer dans le garage pendant la grande crue de l’estuaire qui a lieu 1 fois par an et qui dure 3 jours. Nous voulions jouer avec ce facteur car le travail est à l’arrêt dans l’atelier durant cette crue. Le travail aurait repris une fois la crue passée et le garage libéré. Pour s’assurer que l’eau ne comblerait pas le sous-sol une fois celui-ci creusé, nous avions demandé à Binh de creuser sur le terrain un trou de 3 m de profondeur sur 1 m de diamètre. Cette demande semblait difficile à satisfaire pour lui car il n’était pas facile de trouver quelqu’un pour creuser ce trou.

Heureusement, un puits de 3 m existant sur le terrain est suffisant pour constater la présence d’eau dans le sol (voir vidéo). En saison sèche le niveau de l’eau dans le puits se trouve à environ 2m sous le niveau du la surface du sol. En saison des pluies le niveau de l’eau s’aligne sur celui de la partie basse du terrain, autrement dit, à 1 m en dessous du niveau le plus haut du terrain. La réponse est sans équivoque, l’eau va bel et bien investir le garage. Cette réponse nous pousse à redéfinir le programme et trouver un autre emplacement pour le garage. En effet, des solutions existent  tel que le cuvelage qui rendrait le sous-sol étanche, mais ces solutions sont lourdes et vont à l’encontre de notre démarche qui cherche d’avantage à jouer avec les propriétés du terrain qu’à les contrer. Binh vient de nous faire savoir que la surface du garage pouvait être réduite et peut-être divisible en deux avec 30 deux roues pour les visiteurs et 70 pour les membres de Reaching Out.

recherches autour de la structure

 

Comme nous l’avons précédemment évoqué, nos recherches portent actuellement simultanément sur la mise en espace du programme et la structure. Les deux étant liés, nous opérons un va et vient entre ces deux aspects du projets, chacun étant très lié l’un à l’autre. Voici donc la partie structure : il s’agit pour l’instant, à la suite des nombreuses analyses de structures en bambou existantes (voir dans les posts précédents), d’utiliser divers procédés de mise en oeuvre, assemblages… afin d’aboutir à des propositions très variées, sans trop se restreindre à cette étape. Les spaghettis sont, pour travailler à une échelle réduite, assez pratiques, mais montrent très vite leur limite lorsqu’il s’agit de travail sur des éléments en flexion, propriété qu’offre largement le bambou du fait de sa nature flexible. C’est pourquoi nous travaillerons dans un second temps avec de petites de bambous afin de retrouver des propriétés similaires.

Notons également que ce travail sur la structure nous a fait nous rapprocher assez logiquement de l’atelier « morpho-structure » de l’école, avec un enseignant fraîchement arrivé, Nicolas Nemitz, ingénieur de son état, avec qui nous avons des échanges très intéressants et qui est motivé pour nous donner des coups de main dès que ces recherches aboutiront aux propositions que nous retiendrons pour le bâtiment.

L’atelier de céramique de Yoshimi

Maintenant que nous avons hiérarchisé et bien en tête toutes les informations recueillies au Vietnam, nous nous lançons dans la recherche spatiale et notamment dans l’agencement des différents corps d’artisanat qui composeront le grand atelier. Pour cela nous allons faire la visite de plusieurs lieux de création à Paris afin de voir cette fois-ci ce que nous pouvons apporter à chaque activité sans pour autant altérer leur savoir faire. En effet, même si notre visite à Reaching out nous a prouvé que ces personnes avec « d’autres capacités » pouvaient aboutir à des objets de haute qualité, il nous semble que certaines améliorations devaient être apportées comme par exemple : l’ergonomie, les scénarios d’usages, la manipulation d’outils ou de produits, la logistique de l’atelier.

 

Vendredi dernier nous sommes aller rendre visite à Yoshimi Futamura, maître céramiste d’origine Japonaise et diplômé de l’école Dupperé à Paris, dans son atelier professionnel. Cette visite était nécessaire car cet artisanat, n’existant pas au sein de Reaching out, doit être inséré au programme. En effet, pour le moment les poteries sont acheter à un fournisseur de Bat Trang mais Binh souhaiterait que l’atelier produise ses propres céramiques avec 8 apprentis. Nous avons visité un village de potiers traditionnel au Vietnam et rencontré une femme maîtrisant la technique malgré son âge avancé (voir poste « l’argile c’est la santé »). Cependant, insérer les mêmes dispositifs du village dans le nouvel atelier semble difficile. En effet, le grand four à bois demande de l’espace et émet une chaleur importante (environs 950 degrés, mais ça peut varier suivant l’argile utilisée). L’atelier de Yoshimi à Parsi fait à peu près 100 m2 et tout le nécessaire y est pour que 8 personnes travaillent simultanément à leur aise: plan pour le modelage, espace avec les tours électriques, le point d’eau, les étagères pour faire sécher les poteries, plan pour appliquer et tremper les émaux, l’espace de séchage des émaux, stockage des matières premières. En un peu plus d’une heure partagée avec Yoshimi et ses dames nous avons pu assister au fonctionnement de l’atelier. Nous remercions chaleureusement Yoshimi pour son accueil.

Back on tracks

Nous voici donc de retour en France après trois semaines extrêmement riches à tous les niveaux : aussi bien concernant la qualité des informations qu’on a pu glaner sur place qu’au niveau humain à travers la richesse des rencontres sur place. Bien que nous avons commencé à le faire avec ce blog, nous entreprenons maintenant un énorme travail d’analyse, de croisement, de hiérarchisation des informations, très variées. Ce premier axe principal s’articule avec deux autres : les recherches sur le bambou à travers l’analyse de structures existantes et le programme notamment avec l’aspect logistique de l’atelier, coeur du projet.

Nous avançons donc sur ces trois axes simultanément, chacun nourrissant les deux autres.

Kings of concrete! # 2

Visite de la maison de Kenzo

Toujours dans la grande lignée du béton, nous avons découvert lors de notre voyage que l’utilisation de cette matière au Vietnam est bien plus ancienne que ce que l’on imaginait. On peut voir dans certaines maisons coloniales de Hoi An des sols recouverts de béton, puisque l’arrivage des premiers colons Français à Da Nang concorde à l’engouement du béton en France durant le 19e siècle. Ceci explique pourquoi le mot «béton» en Français est semblable à « bê tông » pour le Vietnamien. Contrairement aux constructions actuelles, on retrouve le béton seulement pour les surfaces au sol des maisons traditionnelles. Dans l’esprit de la période architecturale coloniale, le béton était imprimé afin d’arriver à un niveau de finition égal à celui des boiseries du bâtiment.
Il est coulé une première fois avec une épaisseur assez importante pour avoir les bases du plancher, puis une seconde couche plus fine de ciment est ajoutée par-dessus. Lorsque l’enduit est encore frais, les ouvriers appliquent des gabarits métalliques sur le béton pour créer des empreintes, on obtient ainsi un béton orné de motifs en bas-reliefs. Ces dessins varient d’une maison à l’autre puisque les formes des gabarits sont préalablement conçues par des artisans et sont disposés l’un après l’autre sur une trame virtuelle, ce qui laisse un grand choix aussi bien dans le motif que dans la composition graphique du sol. En plus de son aspect esthétique, les rainures du béton ont la même fonction que le carrelage, ce qui évite d’avoir un sol glissant.

A l’heure actuelle nous sommes toujours dans la prise d’informations, mais le béton imprimé semble une piste intéressante à travailler tant sur son aspect esthétique que pour sa qualité fonctionnelle où le sol de l’atelier est continuellement martelé par les ouvriers de Reaching Out. En plus d’être pratique, c’est un matériaux peu coûteux puisqu’il est couramment utilisé au Vietnam. Le béton imprimé apporte en plus de ses caractéristiques une approche architecturale qui pourrait créer le point d’articulation entre la culture passée et actuelle du Vietnam.

Data

 

Concernant le grand projet de fin d’étude, il était évident pour nous 3 que nous devions répondre à des problématiques réelles, face à des interlocuteurs également dans une attente de propositions concrètes de notre part. Bien qu’étant encore étudiants, le fait de se retrouver dans une position de professionnels nous a donné l’occasion de rencontrer un grand nombre d’acteurs de la production d’espace qui nous ont permis de collecter tout un tas d’informations. Tout cela nous permet désormais d’entrer dans le vif du sujet.

Dans tous projets d’architectures, on se retrouve confronté à des problématiques liées au site; par exemple, plans cadastraux, coupes, données climatiques et analyses du sol sont nécessaires afin de déterminer quels types de fondations sont possibles. Et les fondations ne peuvent pas être prises à la légère, d’autant plus que le terrain est partiellement inondable et relativement meuble.  À notre demande, Binh a donc contacté des géo-techniciens locaux afin qu’il mesurent la parcelle et fasse des prélèvements des couches du terrain par carottage. Cependant nous avons découvert que l’obtention de ces données n’est pas si simple: nous ne nous attendions pas à devoir nous même définir l’échelle des plans, le nombres de carottages ainsi que leur profondeur. Heureusement  nous avons pu bénéficier de l’avis de L’architecte Mr Than, et de Patrick, ingénieur, qui  nous conseillèrent de demander des plans au 500ème ainsi que des carottages à 12 m de profondeur.

Pour l’instant, les documents officiels que nous avons obtenus sont en vietnamien et nécessitent d’être traduits. Cependant, les plans, les schémas et les unités universelles nous permettent de comprendre que le terrain fait 3170 m2 réparti sur 3 parcelles. Le terrain est orienté Est-Ouest et deux extensions sont prévues de part et d’autre de la partie Est. L’analyse du sol révèle une couche superficielle de sable homogène et une capacité de charge moyenne. Nous attendons d’analyser ces données de façons plus précise nos professeurs et des personnes compétentes afin de décider au mieux du type de fondations.

 

Travail au sol




L’une des missions de notre déplacement ici à Hoi An était d’observer les coutumes locales. Une coutume, ou plutôt une habitude qui conserne tout le monde, que l’on soit marchand, cuisinière, mécano, ou que l’on travail le bambou, le métal ou la terre, on est accroupi au sol (voir images). Le sol semble être le plan de travail le plus libre et flexible qui soit. Les outils et les matières entourent le travailleur qui, à notre étonnement, est capable de rester assez longtemps dans cette position pour accomplir sa tâche. Après tout, cette posture relève peut être d’un intérêt particulier à étudier tant ils semblent à l’aise. Mais il arrive que les coutumes et habitudes ne soient forcément les meilleurs.








Le défi est de trouver un équilibre entre habitudes traditionnelles et ce que nous pouvons leur proposer de nouveau. Quand on leur pose la question pourquoi adoptent-ils cette posture, ils répondent qu’ils ne savent pas, si ce n’est qu’on leur a appris comme ça. S’agit-il d’un simple mimétisme ou d’une logique ancestrale? Nous n’avons pas pu savoir. Il en est de même pour certains rites religieux que l’on observe absolument partout, d’autant plus que le Têt approche.  Toutes les maisons et commerces possèdent leur propre petit temple où brûle l’encens et se trouve de la nourriture en offrande. Curieux de découvrir pourquoi et envers qui sont destinées ses offrandes, nous posons la question à Tri qui vient tout juste de les déposer sur le perron de notre maison. « Je ne sais pas » nous répond-elle, « nos parents nous ont montré qu’il fallait faire cela ». Plutôt étrange pour un rituel autant pratiqué.







En ce qui concerne la façon de travailler à RO, Binh nous expliquait qu’effectivement ils ne savaient pas pourquoi s’accroupir plutôt qu’autre chose, mais que l’influence des ancêtres est très forte et que lorsqu’ils font quelque chose d’une certaine façon c’est parce qu’ils l’on appris des anciens. Néanmoins, c’est aussi à nous de leur montrer que d’autres façons de travailler existent.
On peut en conclure que les vietnamiens s’appuient sur des habitudes anciennes, non pas qu’elles soient mauvaises, mais qui méritent d’être revues notamment dans l’ergonomie de travail propre à chaque atelier de Reaching Out. La aussi il y a une réflexion à avoir sur les habitudes, la gestuelle et les comportements locaux qui se confronteraient à une ergonomie nouvelle.  Un important travail sur l’ergonomie et les usages nous attend!