global award for sustainable architecture 2012

Ce vendredi 13 avril nous nous sommes rendu au Global Award for Sustainable Architecture 2012 à l’auditorium de la cité de l’architecture.  5 architectes se sont vu récompensés  par un comité scientifique,  parrainé par l’UNESCO, pour leur travail motivé par le développement durable au service de populations démunies. La première lauréate s’appelle Salma Samar Damluji est Irakienne et a travaillé avec Hassan Fathy. Elle  a présenté son travail au Yemen, dans la région d’Hadramut, où elle a restauré de façon ponctuelle de vieilles battisses traditionnelles en brique de boue. En effet, la cité forteresse de Daw’an au Yemen, habitée par une population modeste, est bâtie essentiellement de la terre qui la supporte. Les bâtiments semblent être sculptés directement dans la terre. Malheureusement les traces du temps témoignaient d’une dégradation du bâti qui nécessitait une intervention. Plutôt que de construire de nouveaux bâtiments ou d’en démolir certains trop vieux et vétustes, elles choisi de panser la ville des ses blessures ponctuelles. Une sorte de « sauvetage architectural » en utilisant les matériaux et les techniques locales. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle d’ Hassan Fathy avec qui elle a travaillé et qu’elle rencontra durant sa jeunesse en Égypte. Son analyse du site est essentielle. L’architecture d’Hadramut est particulièrement bien adaptée au climat très chaud. Les techniques de construction sont locales, les matériaux (terre, briques, boue) sont non polluantes et déjà sur place, l’impact  environnemental est quasi nul et les coûts de l’ouvrage sont faibles. De plus elle constate que l’aménagement de ces vieilles battisses est compatible avec une vie moderne (telle une salle d’eau déjà présente pour certains ou la possibilité d’en ajouter). On peut aussi et surtout ajouter qu’un tel travail ne peut se faire qu’en lien très étroit avec la population du site. Comme si le maintien de l’architecture constituait un respect des populations locales et une valorisation sociale de celles-ci. Les habitants sont mis à contribution ce qui leur permet de s’approprier un savoir-faire. Ils semblent enrichis et heureux de cette contribution.

À noter aussi le travail de Jana Revedin, architecte et enseignante à l’université d’Umea (Suède) qui a introduit la cérémonie en montrant une partie de son travail à Zabbaleen, un projet en Egypte d' »acuponture urbaine », qui met en avant l’interdisciplinarité et l’aspect participatif du projet avec la population.
Étant professeur dans une université où l’on enseigne l’architecture, elle a dirigé des petits workshops intelligemment menés poussant ses étudiants à aller au contact des populations afin de mener un vrai travail de recherche de fond et d’analyse socio-culturelle. C’est le cas avec ce projet à Zabbaleen mené avec des étudiants. Pour améliorer simplement la vie de la population, les étudiants ont conclu qu’un simple éclairage pouvait apporter un peu de fantaisie et rendre les rues plus sûres la nuit. Pour cela, ils ont simplement élaboré des luminaires urbains avec l’aide d’artisans locaux et avec le peu de matériaux disponibles sur place. Cela peut paraître anecdotique, mais nous ne savons pas si cela est si facile que ça à admettre de la part d’un architecte de résumer son intervention à un simple design de luminaire.

Et quand vient la question du financement du projet ou des honoraires perçu par ces architectes, la réponse est souvent précédée d’un petit pincement de lèvres qui évoque que ça n’est pas simple pour eux de se projeter à long terme tant il est difficile de trouver des financements et que les projets leur rapportent peu. Mais il est assez évident que l’argent n’est pas le moteur de leur démarche.

Certes, ce type d’architecture, sans représenter la production dominante, n’est depuis un bon moment plus « underground ». Elle jouit aujourd’hui d’une certaine visibilité comme peuvent en témoigner les les expositions et les publications de plus en plus nombreuses. Et c’est tant mieux, car à des années lumière de notre enseignement, ces architectes revendiquent sans complexes le politique dans leur projet, considèrent l’écologie comme un moyen évident et non une fin (loin de la mode verte du HQE organiquement lié à l’idée de capitalisme vert, où l’écologie se présente comme un argument marketing supplémentaire). C’est également un vrai bonheur d’entendre parler de « plaisir » que procure le projet dans sa capacité à rencontrer et échanger avec une population,  de la satisfaction de découvrir de nouvelles choses en s’immergeant dans un lieu. Pas étonnant que ces projets semblent être une « excroissance » naturelle du territoir sur lequel il s’implante.

 

 

« Room Room » !

Dans la continuité des influences qui nous ont tant aidé, voici un autre projet architectural qui démontre de manière claire et évidente des solutions vis-à-vis de certains handicaps.

Le projet réalisé est une petite maison Japonaise située dans la ville de Tokyo et fût réalisée par Takeshi Hosaka en septembre 2011. Cette maison a la particularité d’héberger une famille de 3 personnes dont les parents sont tous les deux atteints de surdité. Compte tenu de leurs handicaps, l’architecte a décider de créer des espaces communiquant les uns avec les autres par de petites fenêtres pour que le couple et leur enfant en bas âge puissent communiquer entre eux. Au-delà de l’aspect graphique où l’on perçoit ces fenêtres comme des cadres qui donnent un point de vue sur les autres pièces, ces ouvertures sont présentes à différentes hauteurs sur les murs pour qu’elles soient accessibles pour toutes personnes de différentes tailles. Elles se répandent également au sol et sont utilisées comme des atriums ou des ouvertures pratiques qui relient le rez de chaussée et le premier étage. Grâce à cette astuce l’enfant peut à partir du 1er étage agiter les pieds de bambou qui traversent les niveaux pour attirer l’attention des parents.

Au premier abord, on pourrait penser que l’architecture a été pensé dans un but purement esthétique où les fenêtres rythment l’espace. Puis, lorsque nous découvrons le handicap des habitants, nous comprenons que le projet est en réalité dans une approche humaniste où l’espace doit s’adapter à l’Homme. Ce n’est pas le sens esthétique qui prime dans cette architecture, mais la fonction de ces fenêtres par rapport au handicap de la famille. En voyant dans ce projet les solutions apportées par l’architecture, nous comprenons qu’il est toujours possible de créer différents moyens pour que l’espace s’adapte à ses occupants. En plus de se sentir en phase avec ce projet, nous espérons que ce résonnement serve d’exemple pour qu’il puisse aller au-delà de toutes idées conformistes architecturales.

Vo trong nghia


Nous vous parlions il y a peu de la rencontre avec Tan, fondateur et directeur d’une revue d’architecture et de design en vietnamien, qui nous a fait découvrir l’architecte Vo Trong Nghia, basé à Ho Chin Min (Saigon). Ce jeune architecte a la particularité d’avoir utilisé le bambou dans de très nombreux projets qui l’ont fait connaître, à l’instar du colombien Simon Vélez, avec cependant quelques différences. En effet, les section des chaumes (les tiges) de bambou étant moins importantes que celles utilisées par l’architecte colombien (est-ce dû aux variétés présentes localement?), Nghia les utilise d’avantage en faisceaux avec un système de moises successives avec ligatures, contrairement à des emboitements ou jonctions. L’usage du matériau étant différent, les formes semblent tout naturellement s’adapter à cette logique constructive. Bien évidemment, la sensibilité de l’architecte vietnamien est bien présente, et c’est également grâce son approche architecturale qui intègre systématiquement l’air et l’eau, qu’il abouti à ces très beaux projets.

conférence de tyin tegnestue

Comme nous l’avons mentionné dans le post précédent, nous avons eu la chance de rencontrer les jeunes et géniaux architectes norvégiens de « Tyin tegnestue » lors d’une conférence qu’ils ont tenu à l’école d’architecture de Belleville. Il n’a pas fallu très longtemps pour que l’amphithéâtre soit rempli d’étudiants éblouis par la qualité des projets de jeunes architectes fraîchement diplômés. Il faut dire que la projection était plus qu’évidente, les norvégiens ayant plus ou moins l’âge des étudiants présents.

Comme nous, leur diplôme était un projet concret (un centre pour orphelins, que nous avons posté ici) loin d’Europe (en Thaïlande), réalisé en groupe (à deux, Yashar Hanstad et Andreas G. Gjertsen), et vis-à-vis duquel les enseignants de leur école ont été très réticents. Ils ont en effet du batailler dur avec leur administration et leur professeurs pour faire accepter ce projet, et ce n’est qu’après sa réalisation -et accessoirement quelques prix et publications- que l’école le valida. A vrai dire, les deux norvégiens n’était pas à leur premier coup d’essai. Habitués à travailler en groupe, ils avaient remporté un petit concours pour la réhabilitation d’un hall très classieux pour un bâtiment commercial. Mais comme l’a précisé Yashar lors de la conférence, cela produit de très belles images pour le papier glacé des magazines, mais ils n’y trouvaient pas de sens. Après cette expérience, certes formatrice mais quelque peu « vide », ils s’engagèrent dans le projet un peu fou de la construction d’un orphelinat en Thaïlande à la suite d’une rencontre impromptue avec un jeune d’un ONG dans une gare… Et malgré les réticences de leurs enseignants, ils partirent sur place en récoltant des dons d’agences d’architecture norvégiennes.

C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent dans la configuration suivante : construire pour un coût modique et très rapidement de quoi héberger les enfants. Ils firent donc le choix de construire, avec la population locale (et quelques soldats en permission) et avec des matériaux locaux. Le choix était simple : le site se trouvant à proximité d’une forêt, ils ont donc opté pour une structure bois avec parois, couvertures et éléments intérieurs, en bambou, abondamment disponible sur place. Et c’est en expérimentant sur place, au jour le jour, avec leur connaissances et celles des locaux (cela a été un échange constant) que le projet a pris forme. Et quelle forme ! Ce superbe projet en a très vite amené d’autres dans la même région, et Tyin a pu affiner ses outils et techniques petit à petit, l’expérience se faisant sur le chantier. Et cerise sur le gâteau, nous avons pu voir en avant-première leur dernier projet fraîchement sorti de terre, à Sumatra, pour une coopérative de production de cannelle. Il s’agit cette fois d’un projet plus conséquent, et qu’ils ont réalisé en tant qu’architectes cette fois. Là encore, bien que l’échelle soit plus importante, la démarche est similaire : travailler avec les capacités locales, à savoir hommes, culture, ressources… Vous pouvez voir ce magnifique projet prendre forme sur un de leur blog dédié ici.

Après deux heures d’une conférence riche en belles images et sympathiques anecdotes de chantier, les questions ont fusé pendant une bonne heure, tant l’auditoire semblait émerveillé par le travail et la démarche de Tyin. Et c’est le plus humblement et précisément que Yashar a pris le temps de répondre, malgré l’heure tardive. Et l’aventure de ces jeunes architectes ne s’arrête pas là, car ils sont désormais sur autre projet qui s’annonce tout aussi passionnant. Allez donc voir leur site pour découvrir leurs projets et suivre leur actualité !

Aussi, voir de jeunes architectes qui, malgré des difficulté toutes similaires, sont arrivés à aboutir à un aussi beau projet, nous a grandement remotivé, alors que notre moral était en chute libre devant les efforts que nous avions à fournir pour faire accepter un projet que nous considérons comme une chance exceptionnelle. C’est donc regonflés à bloc que nous avons quitté cette conférence, avec l’envie farouche de mener à bien ce projet qui est l’occasion de mener une expérience riche et d’approfondir notre formation en étant confrontés à un projet réel avec toutes les responsabilités que cela implique vis-à-vis du commanditaire et de ceux qui vivront l’espace au quotidien.

 

Les sanitaires de l’orphelinat en Thaïlande.

 

A chacun sa baignoire!

 

 

Ici et plus haut : un espace collectif réaménagé dans un bidonville, à Bangkok.

 

Yashar, l’un des deux « Tyin ».

 

1+1+1=10 / La richesse du travail collectif

Au vu de la réaction de quelques enseignants, il est possible que nous ayons survolé un point concernant nos hypothèses de travail. En effet, lorsque nous évoquions notre volonté de travailler en groupe, il ne nous semblait pas nécessaire (au delà de l’échelle remarquable du projet) de développer tout un arsenal argumentaire pour le justifier. La pertinence de cette démarche que nous avons expérimenté tout au long de notre cursus et qui nous a profondément enrichi nous paraissait évidente. Peut-être trop au vu de la levée de boucliers d’enseignants (finalement très minoritaires dans l’école après avoir discuté avec ceux des autres secteurs) voulant systématiquement individualiser le travail afin que chaque diplômé ait « son style » reconnaissable entre autres.
Nous souhaitons donc exposer notre vision du travail collectif, et en quoi elle nous semble pertinente et même indispensable dans une école comme l’ENSAD.
Contrairement à ce qui nous est régulièrement répété, nous ne pensons pas que l’individu cesse d’exister dans le groupe si le travail n’est pas individualisé.
Il y a en effet dans cette idée un amalgame entre la production du groupe et sa nature, qui montre les limites des connaissances de la pédagogie de nos enseignants : ils ont bien du mal à évaluer autre chose que la production finale des étudiants. C’est le cas typique du dilemme de l’enseignant qui se retrouve face à un élève qu’il n’a jamais vu du semestre mais qui présente un formidable projet lors du rendu. Nous l’avons très souvent vu lors de notre cursus, et un grand nombre de professeurs a été déstabilisé face à ce cas de figure.
Aussi, nous posons la question suivante : qu’évalue-t-on dans une école d’art ?
L’individu et sa production finale (est-il bon, mauvais, moyen?) ou un processus pédagogique, c’est-à-dire la progression de l’étudiant, la pertinence des questionnements par lesquels il est passé, les outils qu’il a appris à maîtriser, la qualité des rencontres que son projet l’a amené à faire… ? Dans le cas de la seconde proposition, rien ne pousse à une individualisation au sein du groupe puisqu’un suivi régulier des étudiants permettra de répondre à ces questions.

C’est à notre sens en raison d’un manque de compétence pédagogique que l’on se retrouve confronté à la première proposition qui met de côté ce qu’il se passe entre l’énoncé du sujet et sa présentation finale, qui est pourtant l’essence d’une école : un lieu d’apprentissage, d’échange, de réflexion… Un autre facteur nourrit également cette approche individualisante de la pédagogie et qui a été magistralement analysé par Nathalie Heinich, le mythe de l’artiste(1), alimenté par les fantasmes du génie indivuel, du geste et de la personnalité hors-norme du créateur qui doit sans cesse créer les conditions de la distinction pour affirmer sa positions singulière dans le corps social. Nous refusons cette triste conception du statut de créateur et affirmons la force, la richesse et la joie qu’implique le travail de groupe où chaque être, dans une position d’égal à égal, contribue par son expérience propre à enrichir l’objet d’étude commun.
Car nous ne concevons pas l’expérience de projet de façon unilatérale, mais complexe : les individus ne « lancent » pas tour à tour et de façon indépendante leur compétences vers l’objet d’étude. C’est au contraire un échange riche et complexe entre les individus qui nourrit ces derniers et donc le projet. C’est le postulat que les idées et les propositions plastiques ne sont pas figées ; une proposition, par exemple, sera affinée par le regard critique d’un membre, avec l’idée que cette contribution a autant de valeur que la première idée énoncée, sorte de matière première imparfaite à affiner, remodeler, reformuler, réévaluer… afin de mettre en avant l’intelligence du groupe et non d’une seule personne.

C’est pourquoi nos expériences de travail collectif nous poussent à défendre l’idée que lorsque des individus se réunissent autour d’un projet, cette rencontre n’est pas qu’une somme de savoirs, une addition de compétences de type 1+1=2 mais plutôt une émulation des individus qui, par les regards et expériences croisés, peuvent produire quelque chose de bien plus intéressant que s’il étaient seuls. Nous affirmons donc que 1+1=4, 5 ou 6, voir plus, et dans notre cas 1+1+1= bien plus que 3.
Il est également très discutable de voir que très peu de projets lancé par les enseignants sont pensés pour être réalisés en groupe. Au mieux, le choix de le réaliser de manière collective est une possibilité, rarement encouragée et souvent soumise à la pression des enseignants. Le travail de groupe est pourtant, au niveau professionnel, une constante dans nos disciplines et n’importe quel projet conséquent est réalisé en équipe, et de plus en plus de façon interdisciplinaire(2). Pourquoi donc travailler en groupe, qui est un apprentissage en soi, n’est quasiment jamais encouragé ?

Devant cette approche pédagogique vieillissante et encore alimentée par le mythe individualisant de l’artiste, nous réaffirmons l’importance du travail collectif dans le processus d’apprentissage de nos disciplines, à notre sens véritable moteur créatif qui loin d’effacer les individus accompagne et renforce leur épanouissement dans l’échange et la confrontation des idées, des regards, des rêves.

 

(1) Nathalie Heinich, L’élite artiste : Excellence et singularité en régime démocratique, PUF, 1999.
(2) L’interdisciplinarité suppose une socle de savoirs partagé par les acteurs du projet, un langage commun qui permet aux individus de communiquer pour croiser leurs savoirs autour de l’objet étudié. L’échange au sein du groupe étant central, la réponse est donc une combinaison unique de spécialités et d’expériences, au contraire de la pluridisciplinarité, qui n’implique qu’une somme de regards successifs et non croisés des acteurs sur l’objet d’étude.

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D’autres groupes attachent au travail collectif une importance toute particulière, notamment lorsqu’il s’agit de croiser les expériences, les compétences et spécialités. Voici quelques uns que nous admirons particulièrement, autant dans leur démarche de projet que pour leurs réalisations.


Les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari, à qui l’ont doit entre autre, Mille plateaux et L’anti-Oedipe. Au delà de leur textes, passionnants, voici un extrait d’un article qui leur a été consacré dans Libération en 1991 (disponible dans son intégralité ici.) et qui propose une analyse très intéressante de leur manière travailler à deux.

« Je crois, dit Deleuze, que deux éléments surtout interviennent dans notre travail commun. D’abord des séances orales. Il arrive que nous ayons un problème sur lequel nous sommes vaguement d’accord, mais nous cherchons des solutions capables de le préciser, de le localiser, de le conditionner. Ou bien nous trouvons une solution, mais nous ne savons pas très bien pour quel problème. Nous avons une idée qui semble fonctionner dans un domaine, mais nous cherchons d’autres domaines, très différents, qui pourraient prolonger le premier, en varier les conditions, à la faveur d’un tournant. Kleist a tout dit sur ce qui se passe ainsi, quand, au lieu d’exposer une idée préexistante, on élabore l’idée en parlant, avec des bégaiements, des ellipses, des contractions, des étirements, des sons inarticulés. (…) Ce n’est pas nous qui savons quelque chose, c’est d’abord un certain état de nous-mêmes… »
« Toutefois, la condition pour pouvoir effectivement travailler à deux, c’est l’existence d’un fonds commun implicite, inexplicable, qui nous fait rire des mêmes choses, ou nous soucier des mêmes choses, être écœuré ou enthousiasmé par des choses analogues. Ce fonds commun peut animer les conversations les plus insignifiantes, les plus idiotes (elles sont même nécessaires avant les séances orales). Mais il est aussi le fonds d’où sortent les problèmes auxquels nous sommes voués et qui nous hantent comme des ritournelles. Il fait que nous n’avons jamais rien à objecter l’un contre l’autre, mais chacun doit imposer à l’autre des détours, des bifurcations, des raccourcis, des précipitations et des catatonies. C’est que, seul ou à deux, la pensée est toujours un état loin de l’équilibre.»
«L’un se tait quand l’autre parle. Ceci n’est pas seulement une loi pour se comprendre, pour s’entendre, mais signifie que l’un se met perpétuellement au service de l’autre. Celui qui se tait est par nature au service de celui qui parle. Il s’agit d’un système d’entraide où celui qui parle a raison du fait même qu’il parle. La question n’est pas de « discuter ». Si Félix m’a dit quelque chose, moi je n’ai qu’une fonction : je cherche ce qui peut confirmer une idée aussi bizarre ou folle (et non pas « discutable »). Si je lui disais : au centre de la terre il y a de la confiture de groseilles, son rôle serait de chercher ce qui pourrait donner raison à une pareille idée (si tant est que ce soit une idée !). C’est donc le contraire d’une succession ou d’un échange d’opinions. La question n’est pas de savoir si c’est mon opinion ou la sienne, et d’ailleurs jamais une objection ne sera faite. Il n’y aura qu’amélioration. Guattari le disait : il s’agit d’un «accordage», d’un ajustement. Lorsque l’ajustement se fait, naissent alors tous ces concepts dont l’œuvre de Deleuze et Guattari foisonne. Concepts de père commun ou de pères différents ? «Aucun de nous, répond Deleuze, ne s’attribue une paternité des concepts.
« La confection d’une machine de travail implique cette micropolitique du dissensus. Ce n’est pas un maniérisme prétentieux. C’est comme ça. Si on fait quelque chose ensemble, c’est que ça marche et qu’on est portés par quelque chose qui nous dépasse. »

 

Le chouette collectif Berlinois Raumlabor. La pluralité des profils révèle au travers des projets une vision de la ville riche et passionnante.


Les copains graphistes de Formes Vives.

 

Le collectif français Exyzt. Architectes, artistes, designers…


Les membres fondateurs (ils sont maintenant nombreux et avec des profils très variés) du formidable collectif londonien United Visual Artists.

Power in numbers!

Tyin

Après Anna Heringer nous tenons à vous présenter Tyin tegnestue. Tyin est constitué de deux étudiants, Andreas Grøntvedt et Yashar Handstad de l’école d’architecture NTNU en Norvège. Arrivés en fin de cursus scolaire, ces deux étudiants se remettaient en cause sur leur rôle en tant qu’architecte. Ils décidèrent pour faire face à ce problème de remettre en question l’architecture telle qu’elle leur était enseignée et de partir en Thaïlande pour construire un orphelinat pour leur diplôme suite à une rencontre inopinée. Même si le projet est ambitieux, les professeurs et l’école prétendent que leur réalisation est inenvisageable pour leur diplôme. Qu’à cela ne tienne, Andreas et Yashar décidèrent de laisser tomber leurs études momentanément pour entreprendre leur projet en Thaïlande.

 

 

Le projet a eu lieu dans le village de Noh Bo près de la frontière Thaïe-Birmane. Il est essentiellement constitué de réfugiés Karen dont la majorité sont des enfants orphelins. Depuis la construction de l’orphelinat en 2006 par l’étudiante Ole Jørgen Edna en 2006, le bâtiment manque de place et il devient difficile d’y loger tous les enfants. Les étudiants de Trondheim prennent alors la suite du projet en main en construisant des hébergements.

Confronté à l’inconnu, l’équipe s’est très vite rendu compte en étant en Thaïlande qu’il leur était impossible de construire avec leurs méthodes occidentales. Après divers problèmes, ils ont compris que l’architecture doit s’adapter à son lieu d’implantation. Leur démarche s’appuie sur l’utilisation des matières locales ou délaissées pour les réintroduire dans l’architecture. Leur but va bien au-delà de la réalisation d’une habitation puisqu’ils intègrent leur savoir-faire tout en l’adaptant au contexte. Ils essaient par la même occasion d’impliquer la population locale à la construction du bâtiment, d’où la mise en place de cours pour former la population locale à la maçonnerie, au tissage… Cependant la plupart des villageois travaillent bénévolement puisque les bâtiments ont été réalisé avec seulement 9 500 euros et en seulement quatre mois. Ce projet a été primé et largement publié, ce qui a permis aux jeunes architecte norvégiens de se faire connaître mondialement.

 

 

 

Anna Heringer

 

Anna Heringer est une jeune architecte allemande, qui, lors de ses études décide de partir au Bangladesh afin d’apporter son aide à des ONG situées sur place. Après avoir établi des contacts avec L’ONG Bangladeshi lors de ses nombreux voyages, elle décide de construire une école pour son diplôme en 2004 dans le village Radiapur situé au Bangladesh. Ce projet a pour but d’avoir un établissement dédié à l’institut Moderne d’Education et de Formation afin d’aider les enfants à développer leur propre potentiel pour l’utiliser de manière créative.

L’expérience que Anna a acquérit durant ses voyages lui a fait comprendre que l’architecture doit s’adapter à son environnement ainsi qu’à son contexte socioculturel. A l’opposé des interventions architecturales occidentales qui s’imposent, Anna tente d’adapter son architecture au lieu. Elle réintroduit dans ce projet les matières locales naturelles comme la terre et le bambou tout en utilisant des procédés de construction traditionnels. Ses connaissances apportent au-délà de toute construction typique une élaboration en combinant le traditionnel au contemporain en dévoilant les caractéristiques reconnues récemment des matériaux pauvres. Grâce à l’utilisation des ressources locales, l’architecture favorise les intérêts économiques et écologiques du village. Ce projet démontre, en plus de l’adaptation de cette architecture au lieu, que les méthodes de construction locales employées se révèlent très compétentes puisque l’école fut construite en seulement 4 mois par les artisans locaux et l’aide des professeurs et élèves. Les procédés traditionnels impliquent également les villageois dans une démarche d’auto construction où ils seront peu à peu amenés à développer leur village eux-même à travers un élan participatif.

Selon l’architecte autrichienne, «l’ architecture doit être un moyen de renforcer la confiance en soi et en sa propre culture afin de soutenir les économies locales et favoriser l’équilibre écologique».

La réalisation de cette école, avec la collaboration de l’architecte allemand Eike Roswag ,lui a valu le prix Aga Khan en 2007. Depuis ce jour, Anna Heringer a acquit une certaine notoriété et enseigne à l’Institut d’ Architecture de la Faculté de Linz, donne de nombreuse conférences et est consultante pour la Fondation Aga Khan au Mozambique.

 

 

 

 

 

 

 

Un projet d’étudiants au Mozambique

 

Il nous semblait important de montrer que les projets d’architecture qui s’inscrivent dans notre démarche et qui ont nourri nos hypothèses de travail ne sont pas que le fruit d’architectes ayant déjà une longue expérience. Ce post, qui sera suivi par d’autres dans le même esprit, met avant le travail d’étudiants d’architecture norvégiens qui ont réalisé en groupe un sympathique édifice en 2009 au Mozambique, dans le cadre de leur cursus. Intégré à l’enseignement de master de l’école d’architecture de Bergen, ce cours intitulé « Being an architect in a foreign culture » met l’accent sur la prise de conscience des aspect sociaux et locaux dans l’architecture. Les étudiants sont également amenés à questionner le rôle et la responsabilité de l’architecte.

Lors de cette année 2009, la réflexion a porté sur un centre de soin de jour pour enfants défavorisés dans le village rural de Chimondo au Mozambique. Et avec l’aide de l’ONG Aid Global, ce centre accueil également des cours pour adultes, qui aide à couvrir ses dépenses. Malheuresement, le bail du bâtiment où il était installé touchait à sa fin et le menaçait sérieusement. Aussi, après deux semaines à analyser et comprendre le site, le groupe d’étudiants et l’ONG décidèrent d’un commun accord de construire un nouvel espace. Cependant, avec 12 jours pour le projet, il a fallu trouver des matériaux et des techniques de mise en œuvre rapides, économiques et efficaces. Cela s’inscrivait dans la volonté de départ du groupe qui souhaitait utiliser autant que possible des matériaux locaux et peu onéreux (béton, bois, sac de sable, terre, bouteilles de verre, plaques de tôle…) en combinant des méthodes traditionnelles et modernes.

L’ensemble de la construction est faite pour démontrer que ces principes constructifs sont facilement réappropriable par la population locale. Ce faisant, le bâtiment fait office, en quelque sorte, de chantier-école. Cette problématique de transmission à travers le chantier est commune à plusieurs de nos posts passés et à venir, cela étant au coeur du concept de capacitation dans lequel nous souhaitons nous inscrire.