l’argile c’est la santé!

Sortie des archives Roues-Libres, quelques images et une belle vidéo d’une potière que nous avons rencontré grâce au très sympathique artiste vietnamien (et francophone) Khan.

 

 

global award for sustainable architecture 2012

Ce vendredi 13 avril nous nous sommes rendu au Global Award for Sustainable Architecture 2012 à l’auditorium de la cité de l’architecture.  5 architectes se sont vu récompensés  par un comité scientifique,  parrainé par l’UNESCO, pour leur travail motivé par le développement durable au service de populations démunies. La première lauréate s’appelle Salma Samar Damluji est Irakienne et a travaillé avec Hassan Fathy. Elle  a présenté son travail au Yemen, dans la région d’Hadramut, où elle a restauré de façon ponctuelle de vieilles battisses traditionnelles en brique de boue. En effet, la cité forteresse de Daw’an au Yemen, habitée par une population modeste, est bâtie essentiellement de la terre qui la supporte. Les bâtiments semblent être sculptés directement dans la terre. Malheureusement les traces du temps témoignaient d’une dégradation du bâti qui nécessitait une intervention. Plutôt que de construire de nouveaux bâtiments ou d’en démolir certains trop vieux et vétustes, elles choisi de panser la ville des ses blessures ponctuelles. Une sorte de « sauvetage architectural » en utilisant les matériaux et les techniques locales. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle d’ Hassan Fathy avec qui elle a travaillé et qu’elle rencontra durant sa jeunesse en Égypte. Son analyse du site est essentielle. L’architecture d’Hadramut est particulièrement bien adaptée au climat très chaud. Les techniques de construction sont locales, les matériaux (terre, briques, boue) sont non polluantes et déjà sur place, l’impact  environnemental est quasi nul et les coûts de l’ouvrage sont faibles. De plus elle constate que l’aménagement de ces vieilles battisses est compatible avec une vie moderne (telle une salle d’eau déjà présente pour certains ou la possibilité d’en ajouter). On peut aussi et surtout ajouter qu’un tel travail ne peut se faire qu’en lien très étroit avec la population du site. Comme si le maintien de l’architecture constituait un respect des populations locales et une valorisation sociale de celles-ci. Les habitants sont mis à contribution ce qui leur permet de s’approprier un savoir-faire. Ils semblent enrichis et heureux de cette contribution.

À noter aussi le travail de Jana Revedin, architecte et enseignante à l’université d’Umea (Suède) qui a introduit la cérémonie en montrant une partie de son travail à Zabbaleen, un projet en Egypte d' »acuponture urbaine », qui met en avant l’interdisciplinarité et l’aspect participatif du projet avec la population.
Étant professeur dans une université où l’on enseigne l’architecture, elle a dirigé des petits workshops intelligemment menés poussant ses étudiants à aller au contact des populations afin de mener un vrai travail de recherche de fond et d’analyse socio-culturelle. C’est le cas avec ce projet à Zabbaleen mené avec des étudiants. Pour améliorer simplement la vie de la population, les étudiants ont conclu qu’un simple éclairage pouvait apporter un peu de fantaisie et rendre les rues plus sûres la nuit. Pour cela, ils ont simplement élaboré des luminaires urbains avec l’aide d’artisans locaux et avec le peu de matériaux disponibles sur place. Cela peut paraître anecdotique, mais nous ne savons pas si cela est si facile que ça à admettre de la part d’un architecte de résumer son intervention à un simple design de luminaire.

Et quand vient la question du financement du projet ou des honoraires perçu par ces architectes, la réponse est souvent précédée d’un petit pincement de lèvres qui évoque que ça n’est pas simple pour eux de se projeter à long terme tant il est difficile de trouver des financements et que les projets leur rapportent peu. Mais il est assez évident que l’argent n’est pas le moteur de leur démarche.

Certes, ce type d’architecture, sans représenter la production dominante, n’est depuis un bon moment plus « underground ». Elle jouit aujourd’hui d’une certaine visibilité comme peuvent en témoigner les les expositions et les publications de plus en plus nombreuses. Et c’est tant mieux, car à des années lumière de notre enseignement, ces architectes revendiquent sans complexes le politique dans leur projet, considèrent l’écologie comme un moyen évident et non une fin (loin de la mode verte du HQE organiquement lié à l’idée de capitalisme vert, où l’écologie se présente comme un argument marketing supplémentaire). C’est également un vrai bonheur d’entendre parler de « plaisir » que procure le projet dans sa capacité à rencontrer et échanger avec une population,  de la satisfaction de découvrir de nouvelles choses en s’immergeant dans un lieu. Pas étonnant que ces projets semblent être une « excroissance » naturelle du territoir sur lequel il s’implante.

 

 

L’atelier de céramique de Yoshimi

Maintenant que nous avons hiérarchisé et bien en tête toutes les informations recueillies au Vietnam, nous nous lançons dans la recherche spatiale et notamment dans l’agencement des différents corps d’artisanat qui composeront le grand atelier. Pour cela nous allons faire la visite de plusieurs lieux de création à Paris afin de voir cette fois-ci ce que nous pouvons apporter à chaque activité sans pour autant altérer leur savoir faire. En effet, même si notre visite à Reaching out nous a prouvé que ces personnes avec « d’autres capacités » pouvaient aboutir à des objets de haute qualité, il nous semble que certaines améliorations devaient être apportées comme par exemple : l’ergonomie, les scénarios d’usages, la manipulation d’outils ou de produits, la logistique de l’atelier.

 

Vendredi dernier nous sommes aller rendre visite à Yoshimi Futamura, maître céramiste d’origine Japonaise et diplômé de l’école Dupperé à Paris, dans son atelier professionnel. Cette visite était nécessaire car cet artisanat, n’existant pas au sein de Reaching out, doit être inséré au programme. En effet, pour le moment les poteries sont acheter à un fournisseur de Bat Trang mais Binh souhaiterait que l’atelier produise ses propres céramiques avec 8 apprentis. Nous avons visité un village de potiers traditionnel au Vietnam et rencontré une femme maîtrisant la technique malgré son âge avancé (voir poste « l’argile c’est la santé »). Cependant, insérer les mêmes dispositifs du village dans le nouvel atelier semble difficile. En effet, le grand four à bois demande de l’espace et émet une chaleur importante (environs 950 degrés, mais ça peut varier suivant l’argile utilisée). L’atelier de Yoshimi à Parsi fait à peu près 100 m2 et tout le nécessaire y est pour que 8 personnes travaillent simultanément à leur aise: plan pour le modelage, espace avec les tours électriques, le point d’eau, les étagères pour faire sécher les poteries, plan pour appliquer et tremper les émaux, l’espace de séchage des émaux, stockage des matières premières. En un peu plus d’une heure partagée avec Yoshimi et ses dames nous avons pu assister au fonctionnement de l’atelier. Nous remercions chaleureusement Yoshimi pour son accueil.

Tan

Toujours au menu des rencontres sympathiques et enrichissantes, voici Tan, éditeur d’une revue d’architecture et design (et gérant du sympathique restaurant le Son, sur la rivière) qui nous a accompagné dans plusieurs de nos déplacements. Il nous a également fait découvrir plusieurs projets qu’il a publié dont, ceux de l’architecte vietnamien Vo Trong Nghia, qui utilise fréquemment le bambou dans ses projets. Ca a été l’occasion pour nous de constater que des bâtiments conséquents (autres qu’une simple cabane) étaient réalisés en bambou, et avec une approche architectural contemporaine. Les détails réalisés par ce jeune architecte, que nous mettrons prochainement en ligne, nourrissent notre réflexion sur le matériau bambou et viennent s’ajouter à notre banque de données qui se remplit jour après jour.

 

family chicken

Nous an avons paradoxalement peu parlé, et pourtant leur leur place est central : c’est Binh et Quyen, qui gèrent Reanching Out avec une énergie débordante. Nous devons même avouer que c’était quelque fois difficile de les suivre tant ils s’investisse dans leur sympathique entreprise.
Nous les côtoyons presque quotidiennement puisqu’ils sont les commanditaires du projet, nous nous sommes assez logiquement rapprochés tant le « courant » passait bien, humainement, mais aussi intellectuellement, comme nous avons pu le décrire dans le post «Empowerment».
Quyen adorant cuisiner (et elle le fait très bien!), nous nous sommes proposés de leur faire quelques plats, dont un typiquement français : le poulet au four, cuit lentement dans son bouillon avec ses pommes de terres. Très différent des standards orientaux, il a pourtant fait l’unanimité!
Ce genre d’échange est l’occasion de découvrir les commanditaires du projet sur un autre plan que ceux de l’architecture et de la gestion de Reaching Out. Tout cela est à l’image de notre voyage qui loin de se limiter à une prise de données abstraites (bien qu’essentielles) est une expérience humaine riche de ses nombreuses rencontres qui font elles aussi avancer le projet.

Les expériences de Mr. Quoc

Il y a quelques jours, nous avons rencontré un architecte franco-vietnamien, Quoc, qui après avoir fait ses études et travaillé à Paris, est retourné au Vietnam, à Hoi An précisément. Nous avons discuté de notre projet et de diverses choses telles que les particularités locales vis-à-vis de la construction, la façon dont évolue -à très grande vitesse- le Vietnam… et surtout des expérimentations qu’il était en train de conduire sur un terrain qu’il avait acheté sur une île de l’estuaire de Hoi An. Le temps, très pluvieux, nous a hélas empêché d’y aller le jour même, aussi, nous avons convenu de se retrouver là-bas pour visiter ce chantier expérimental.

Quatre ou cinq jours plus tard, alors que le soleil était de retour, nous recevons à 5h du matin un message de Quoc pour une visite le matin sur son site. Tout excités à l’idée de découvrir ce projet, nous sautons tôt du lit, enfourchons nos vélos jusqu’au port de Hoi An, et embarquons dans la première navette pour l’île.

Après s’être enfoncé de plusieurs kilomètres dans la campagne, nous retrouvons Quoc au portail de son terrain pour une agréable visite de ses nombreuses expériences. Car il s’agit en fait de plusieurs bâtiments voués à être loués (certains, achevés depuis plus de 3 ans, le sont déjà), qui sont à chaque fois pour leur architecte une expérience constructive et spatiale nouvelle. C’est en quelque sorte un terrain de jeu géant pour lui, une boîte à legos à l’échelle de l’homme qui ferait rêver bon nombre d’architectes. Ce sentiment de jeu de construction est d’autant plus fort lorsque nous découvrons sur le terrain un atelier (scierie, stock de briques, sac de ciments, bois fraîchement débité et de seconde main) en lien direct avec les constructions!
Parmi ces sympathiques expériences, nous pouvons citer des maisons de village traditionnelles hoianaises réhabilitées pour la location (et donc adaptée à des standards modernes, tout en conservant ses qualités spatiales), des espaces de vie extérieurs réaménagés afin de réaffirmer la pertinence de cette typologie d’espace très ancienne et parfaitement adaptée au climat de la région, et une superbe maison de Robinson en bois et dans les arbres, qui utilise habilement ces derniers comme protection, et qui réserve au « rez-de-chaussée » un espace de vie extérieur, très ouvert sur la nature. La visite était également ponctuée d’anecdotes de chantier intéressantes vis-à-vis de certains matériaux qui était à chaque fois des petites leçon de construction issues de ces expériences variées.
Enfin, après cette chouette découverte, nous reprenons le bateau pour Hoi An sous le soleil chaud du Vietnam, et laissons dernière nous Quoc et son jeu de Lego géant.

 

la quête du bambou #3

Au fil de nos rencontres et recherches, notre quête du bambou avance. Utiliser le bambou pour des structures de grande ampleur, avec des portées conséquentes, nous savons que c’est possible. Simon Vélez, l’architecte colombien, l’a démontré au travers de nombreux et superbes projets. Il a développe une technique de mise en œuvre très intéressante qui consiste a remplir la première chambre(*) des tiges de bambou afin de pouvoir les boulonner -sans que la tige éclate- et les lier avec des connecteur acier. Allez donc faire un tour sur le net pour voir ses réalisations. Nous espérons également poser un certain nombre de questions à Anna Heringer avec qui nous venons de rentrer en contact et qui a réalise de très beaux projets qui intègrent ce matériau et avec nous venons de rentrer en contact.

Mais les rencontres locales ont également apporte leur lot de bonnes informations. Nous avons en effet rencontre Kevin, un vietnamien de Da Nang associe a un entrepreneur chinois de Singapour qui a créé une entreprise de produit dérivés bambou : sols, barrières, poteaux, planchers… Et c’est concernant le traitement du matériau que les infos ont été les plus intéressantes, car l’entreprise a importe des techniques japonaises écologiques qui évitent de passer par des traitements chimiques polluants et toxiques (elle dispose d’ailleurs de plusieurs labels sérieux). Il existe plusieurs façons d’extraire l’amidon des tiges, plus ou moins rapides. La méthode traditionnelle, longue, qui consiste a immerger les tiges coupées dans de la boue pendant au moins 6 mois. Et d’autres plus rapides, principalement chimiques, mais pas toutes polluantes. Kevin nous doit nous communiquer sous peu les références exactes des produits utilises. Puis vient le traitement contre les moisissures et champignons. Des traitements chimiques existent depuis un certain temps mais sont peu fiables et très polluants et toxiques. Heureusement une entreprise japonaise a mis au point une formule écologique et très fiable qui permet a l’entreprise que représente Kevin de proposer des garanties de 10 et 20 sur leurs produits. Certes un peu cher (compter 12 dollars le mètre carre), ce traitement se vend en pot et est applicable facilement. Donc si le matériau, déjà très bon marche comme le bambou, est traite rapidement et sur place afin de minimiser les transports et intermédiaires, cela peut être une solution très intéressante.

Il est prévu également très prochainement de découvrir des projets réalises en Bambou avec Mr. Than, un ami de Binh et fondateur d’une revue de design et d’architecture. La suite du feuilleton « quête du bambou » très bientôt.

 

la quête du bambou #2

 

En plus du réseau de Binh et des expats’ français, nous avons eu l’occasion de rencontrer quelques petits ateliers locaux, tous dans la ville de Hoi An. L’une des première et intéressante rencontre fut celle avec un artisan menuisier spécialisé dans le bambou, originaire de la campagne qui s’est installé à Hoi An avec sa famille pour y travailler et vendre sa production. Il nous a chaleureusement accueilli autour d’un thé afin de nous parler de sa pratique avec Binh à la traduction. Ce fut une des premières approche avec ce matériau que nous souhaitons intégrer au projet, et bien qu’il s’agisse de l’échelle du mobilier et non du bâti, de précieuses infos sont ressorties de cet entretient. On notera au passage la versatilité de ce matériau avec l’aménagement intérieur que l’artisan a réalisé pour sa maison, en particulier l’élégante main courante de l’échelle-escalier qui mène à la mezzanine.

Les petits ateliers étant nombreux et disséminés un peu partout dans la ville, nous avons aussi visité une scierie, preuve que l’usage du bois est toujours d’actualité. Et étant donné la taille des grumes, on peut aisément imaginer qu’il est possible d’utiliser le bois pour la structure. Néanmoins, il y a un bémol : le bois est apparemment très cher et les forêts ne semblent pas être gérée comme en Europe. Et les essences susceptibles de résister aux contraintes locales (forte humidité, inondations fréquentes, termites…) ne sont plus très nombreuses.  Il s’agit donc de nouveaux facteurs qui nous orientent assez logiquement vers le bambou.