l’argile c’est la santé!

Sortie des archives Roues-Libres, quelques images et une belle vidéo d’une potière que nous avons rencontré grâce au très sympathique artiste vietnamien (et francophone) Khan.

 

 

la grande arche

 

Les fameux 160 modules triangulaires de bambou terminés, nous avons pu passer à la construction d’une arche à l’échelle 1/10e. Cela nous a permis de mieux comprendre, toujours de façon empirique, comment les différents éléments de la structure « travaillent » en fonction des différents efforts, et ce dans plusieurs directions. Cela nous a donc poussé à améliorer petit à petit la structure lors de sa construction, en enlevant de la matière par ci, en en rajoutant par là, en optimisant les triangulations…

L’arche achevée, nous pouvons dès maintenant « voir » les forces à l’œuvre avec les contraintes exercées, identifier plus finement ce qui travaille en compression, en traction… pour encore améliorer l’ensemble. Le résultat est néanmoins très satisfaisant, le rapport poids-résistance étant déjà impressionnant. Cela est plutôt rassurant pour l’échelle 1, d’autant plus que les sections utilisées sont légèrement sous-dimensionnées puisque nous avons travaillé avec des bambous de 7mm de diamètre en moyenne, alors qu’il est prévu d’utiliser des tiges de 10 cm « en vrai », soit 10mm à l’échelle 1/10e. La structure ne peut donc qu’être plus résistante. Il nous reste encore à articuler la partie en bambou avec la dalle en béton, par l’intermédiaire de piétements qui reprennent le principe de modules triangulaires, en béton.

 

160 modules

Un des grands avantages de travailler en groupe, en l’occurrence à trois, est qu’il est possible de tout pousser plus loin. En plus de réfléchir à trois cerveaux et de profiter des regards croisés, nous disposons également de six mains et trois fois plus de motivation. Face à ce constat, nous nous sommes donc lancés dans une maquette d’une arche de notre structure à l’échelle 1/10e. Nous l’avions fait pour une ferme, il nous restait à retravailler cet élément au vu des premiers constats (pas mal de bon points mais également plusieurs faiblesses) et de le multiplier dans l’espace afin de créer une arche complète. Chaque ferme étant composée de 160 modules triangulaires, cela a nécessité une quantité impressionnante de bambou et de longues heures de travail en atelier…

Ces modules étant maintenant réalisés, nous allons pouvoir commencer la construction d’une arche, qui nous permettra d’évaluer de façon empirique les points forts et points faibles de notre structure, en parallèle d’une analyse plus fine établie à partir d’un logiciel d’ingénierie sur lequel nous travaillons avec « notre » ingénieur, Nicolas.

 

un ingénieur en renfort

Comme nous l’avons écrit un peu plus tôt, une part importante de notre travail a porté récemment sur la structure de notre bâtiment. Nos deux arches, faites de bambou, ont toutes deux une portée conséquente (un peu plus de 30 mètres) pour une hauteur d’environ 11 mètres. Après avoir réalisé une maquette au 10e qui donne déjà une bonne idée des forces et faiblesses de notre structure, Nicolas Nemitz, enseignant du pôle morphostructure et ingénieur de son état, nous a dispensé un petit cours de Salomé, un logiciel de calcul de structure, afin d’avoir une idée plus fine de ce que l’on dessine et qui va abriter des gens. Ce n’est clairement pas un logiciel très « sexy » et s’y mettre demande pas mal de concentration, mais le défi nous motive grandement et nous posterons le plus vite possible les résultats. En espérant que ce que nous avons conçu « tienne ».

 

 

pas à pas

Un post un peu fourre tout, dans lequel tout avance petit à petit tandis que nos idées deviennent de plus en plus claires, aussi bien en termes d’aménagement, que de forme et de structure. Au menu donc, une maquette au 100e (qui va encore évoluer), un programme dans l’espace de plus en plus précis, et un gif animé de derrière les fagots qui résume notre parti-pris.

 

 

global award for sustainable architecture 2012

Ce vendredi 13 avril nous nous sommes rendu au Global Award for Sustainable Architecture 2012 à l’auditorium de la cité de l’architecture.  5 architectes se sont vu récompensés  par un comité scientifique,  parrainé par l’UNESCO, pour leur travail motivé par le développement durable au service de populations démunies. La première lauréate s’appelle Salma Samar Damluji est Irakienne et a travaillé avec Hassan Fathy. Elle  a présenté son travail au Yemen, dans la région d’Hadramut, où elle a restauré de façon ponctuelle de vieilles battisses traditionnelles en brique de boue. En effet, la cité forteresse de Daw’an au Yemen, habitée par une population modeste, est bâtie essentiellement de la terre qui la supporte. Les bâtiments semblent être sculptés directement dans la terre. Malheureusement les traces du temps témoignaient d’une dégradation du bâti qui nécessitait une intervention. Plutôt que de construire de nouveaux bâtiments ou d’en démolir certains trop vieux et vétustes, elles choisi de panser la ville des ses blessures ponctuelles. Une sorte de « sauvetage architectural » en utilisant les matériaux et les techniques locales. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle d’ Hassan Fathy avec qui elle a travaillé et qu’elle rencontra durant sa jeunesse en Égypte. Son analyse du site est essentielle. L’architecture d’Hadramut est particulièrement bien adaptée au climat très chaud. Les techniques de construction sont locales, les matériaux (terre, briques, boue) sont non polluantes et déjà sur place, l’impact  environnemental est quasi nul et les coûts de l’ouvrage sont faibles. De plus elle constate que l’aménagement de ces vieilles battisses est compatible avec une vie moderne (telle une salle d’eau déjà présente pour certains ou la possibilité d’en ajouter). On peut aussi et surtout ajouter qu’un tel travail ne peut se faire qu’en lien très étroit avec la population du site. Comme si le maintien de l’architecture constituait un respect des populations locales et une valorisation sociale de celles-ci. Les habitants sont mis à contribution ce qui leur permet de s’approprier un savoir-faire. Ils semblent enrichis et heureux de cette contribution.

À noter aussi le travail de Jana Revedin, architecte et enseignante à l’université d’Umea (Suède) qui a introduit la cérémonie en montrant une partie de son travail à Zabbaleen, un projet en Egypte d' »acuponture urbaine », qui met en avant l’interdisciplinarité et l’aspect participatif du projet avec la population.
Étant professeur dans une université où l’on enseigne l’architecture, elle a dirigé des petits workshops intelligemment menés poussant ses étudiants à aller au contact des populations afin de mener un vrai travail de recherche de fond et d’analyse socio-culturelle. C’est le cas avec ce projet à Zabbaleen mené avec des étudiants. Pour améliorer simplement la vie de la population, les étudiants ont conclu qu’un simple éclairage pouvait apporter un peu de fantaisie et rendre les rues plus sûres la nuit. Pour cela, ils ont simplement élaboré des luminaires urbains avec l’aide d’artisans locaux et avec le peu de matériaux disponibles sur place. Cela peut paraître anecdotique, mais nous ne savons pas si cela est si facile que ça à admettre de la part d’un architecte de résumer son intervention à un simple design de luminaire.

Et quand vient la question du financement du projet ou des honoraires perçu par ces architectes, la réponse est souvent précédée d’un petit pincement de lèvres qui évoque que ça n’est pas simple pour eux de se projeter à long terme tant il est difficile de trouver des financements et que les projets leur rapportent peu. Mais il est assez évident que l’argent n’est pas le moteur de leur démarche.

Certes, ce type d’architecture, sans représenter la production dominante, n’est depuis un bon moment plus « underground ». Elle jouit aujourd’hui d’une certaine visibilité comme peuvent en témoigner les les expositions et les publications de plus en plus nombreuses. Et c’est tant mieux, car à des années lumière de notre enseignement, ces architectes revendiquent sans complexes le politique dans leur projet, considèrent l’écologie comme un moyen évident et non une fin (loin de la mode verte du HQE organiquement lié à l’idée de capitalisme vert, où l’écologie se présente comme un argument marketing supplémentaire). C’est également un vrai bonheur d’entendre parler de « plaisir » que procure le projet dans sa capacité à rencontrer et échanger avec une population,  de la satisfaction de découvrir de nouvelles choses en s’immergeant dans un lieu. Pas étonnant que ces projets semblent être une « excroissance » naturelle du territoir sur lequel il s’implante.

 

 

« Room Room » !

Dans la continuité des influences qui nous ont tant aidé, voici un autre projet architectural qui démontre de manière claire et évidente des solutions vis-à-vis de certains handicaps.

Le projet réalisé est une petite maison Japonaise située dans la ville de Tokyo et fût réalisée par Takeshi Hosaka en septembre 2011. Cette maison a la particularité d’héberger une famille de 3 personnes dont les parents sont tous les deux atteints de surdité. Compte tenu de leurs handicaps, l’architecte a décider de créer des espaces communiquant les uns avec les autres par de petites fenêtres pour que le couple et leur enfant en bas âge puissent communiquer entre eux. Au-delà de l’aspect graphique où l’on perçoit ces fenêtres comme des cadres qui donnent un point de vue sur les autres pièces, ces ouvertures sont présentes à différentes hauteurs sur les murs pour qu’elles soient accessibles pour toutes personnes de différentes tailles. Elles se répandent également au sol et sont utilisées comme des atriums ou des ouvertures pratiques qui relient le rez de chaussée et le premier étage. Grâce à cette astuce l’enfant peut à partir du 1er étage agiter les pieds de bambou qui traversent les niveaux pour attirer l’attention des parents.

Au premier abord, on pourrait penser que l’architecture a été pensé dans un but purement esthétique où les fenêtres rythment l’espace. Puis, lorsque nous découvrons le handicap des habitants, nous comprenons que le projet est en réalité dans une approche humaniste où l’espace doit s’adapter à l’Homme. Ce n’est pas le sens esthétique qui prime dans cette architecture, mais la fonction de ces fenêtres par rapport au handicap de la famille. En voyant dans ce projet les solutions apportées par l’architecture, nous comprenons qu’il est toujours possible de créer différents moyens pour que l’espace s’adapte à ses occupants. En plus de se sentir en phase avec ce projet, nous espérons que ce résonnement serve d’exemple pour qu’il puisse aller au-delà de toutes idées conformistes architecturales.

la structure à l’épreuve

Comme nous l’avons précisé précédemment, nous avons au fil de nos recherches retenu le principe d’un module triangulaire de bambou répété dans l’espace afin de réaliser les fermes qui seront l’ossature de nos arches du  « ruban-spirale » déplié dans l’espace. Et afin de mieux appréhender les forces pouvant s’exercer sur la structure et voire comment cette dernière y réagit, nous avons réalisé une ferme composée de ces modules à l’échelle 1/10e. Le choix des modules, là encore, répond à des contraintes liées au lieu et au contexte du projet. Nous disposons en effet d’un élément de base : le chaume de bambou de 7 mètres de long pour environ 10 centimètres de diamètre. C’est la caractéristique de l’espèce locale utilisée pour la construction. Enfin, notre volonté étant de faire au moins cher, il nous fallait trouver un moyen rationnel d’optimiser l’utilisation de notre tige de bambou, tout en simplifiant sa mise en oeuvre afin d’économiser sur la main d’oeuvre. En effet, quel intérêt d’utiliser une matière première très abordable si sa mise en oeuvre, longue et fastidieuse, plombe le budget?

C’est l’occasion également de remercier Nicolas et Jean-Pierre de l’atelier de morpho-structure, qui nous ont déjà donné plusieurs sympathiques coup de main pour la conception de cette structure. Voici donc le résultat de ce travail, qui, loin d’être fini, nous montre déjà les points forts et les points faibles de notre assemblage. Nous allons donc affiner ce principe en renforçant les éléments faibles (certaines parties, trop fines et non triangulées flambent en compression, tandis que d’autres travaillent beaucoup trop au niveau de leurs assembalges/articulations qui sont donc à renforcer).